Lomé, Togo – À l’approche des élections municipales du 17 juillet 2025, les femmes candidates togolaises se mobilisent pour transformer la politique locale. Soutenues par une réduction de la caution électorale et portées par un élan pour l’inclusion, elles ambitionnent de renverser les barrières historiques à leur représentation. Dans un pays où seules 12 femmes sont maires sur 117 communes, leur engagement pourrait redéfinir la décentralisation togolaise.
Une caution réduite pour ouvrir la voie
Pour encourager la participation féminine, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a fixé la caution électorale à 25 000 FCFA pour les femmes, contre 50 000 FCFA pour les hommes, soit une réduction de 50 %. Cette mesure, financée en partie par l’enveloppe de 500 millions de FCFA allouée à la campagne électorale, vise à lever les obstacles économiques pour les candidates, dans un contexte où 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cette initiative, déjà appliquée en 2019, avait permis une légère hausse du nombre de conseillères municipales, passées de 0 à 13,23 % des élus locaux.
Bien que le nombre exact de femmes candidates pour les 494 listes validées pour 2025 ne soit pas encore public, les législatives de 2024, avec 593 candidates pour 113 sièges, témoignent d’un engouement croissant. Des figures comme Victoire Dogbé (UNIR), ancienne Première ministre, ou Brigitte Adjamagbo-Johnson, leader de l’opposition, incarnent cet élan, inspirant des candidates dans des régions comme la Maritime, les Plateaux et la Kara.
Des régions, des ambitions : les femmes en première ligne
Dans les Plateaux, où des projets de développement durable, comme les 2 milliards de FCFA investis à Kloto, dynamisent les communautés, les femmes candidates se positionnent sur des enjeux locaux comme l’éducation et la santé. À Lomé, des figures comme Mimi Bossou-Soedjédé, connue pour son engagement citoyen, appellent à voter pour des femmes pour renforcer la parité, dans une capitale où l’abstention a atteint 75 % en 2019. Dans la Kara, des candidates s’appuient sur des réseaux communautaires pour surmonter les traditions patriarcales, soutenues par des formations du Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D).
Dans les Savanes, malgré l’insécurité liée aux incursions jihadistes, des femmes courageuses se présentent, mettant en avant des projets de cohésion sociale pour répondre aux tensions avec les réfugiés peuls. Dans la Centrale, des candidates capitalisent sur des initiatives comme les consultations médicales gratuites pour gagner la confiance des électeurs. Ces femmes, souvent issues de milieux associatifs ou communautaires, proposent des visions concrètes pour le développement local, alignées avec les 10 milliards de FCFA du Fonds d’appui aux collectivités territoriales (FACT) prévus pour 2025.
Défis structurels : au-delà de la caution
Malgré la réduction de la caution, les femmes candidates font face à des obstacles majeurs. Les normes patriarcales, qui confinent souvent les femmes à la sphère domestique, restent prégnantes, particulièrement dans les zones rurales. Avec un taux d’alphabétisation de 55,1 % chez les femmes (contre 80 % pour les hommes) et une majorité travaillant dans l’informel, l’accès aux ressources pour financer une campagne reste limité. La loi n° 2022-018 contre les violences basées sur le genre n’empêche pas toujours les intimidations, voire les violences domestiques, auxquelles certaines candidates sont confrontées.
Des organisations comme le GF2D et le National Democratic Institute appellent à des formations renforcées en leadership et en communication pour les candidates, ainsi qu’à des campagnes de sensibilisation pour encourager les électeurs à soutenir les femmes. Dans les régions comme la Centrale et les Plateaux, des ateliers ont déjà formé des dizaines de candidates, mais leur portée reste limitée face à l’ampleur des besoins.
Un contexte politique chargé
La campagne, ouverte le 1er juillet, se déroule dans un climat tendu après les manifestations de juin 2025 à Lomé, où des accusations de répression ont circulé sur X. Les candidates, qu’elles soient affiliées à l’Union pour la République (UNIR) ou à des partis d’opposition comme l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), doivent naviguer dans cette polarisation. Certaines, comme Adjamagbo-Johnson, militent pour une « révolution par les urnes », appelant les femmes à s’unir pour contrer ce qu’elles qualifient de « dérive autoritaire ».
Vers une nouvelle ère pour la démocratie locale ?
Les femmes candidates des municipales 2025 incarnent un espoir de transformation. Leur succès dépendra de la mobilisation des électeurs, de la transparence du scrutin (vote anticipé pour les forces de l’ordre le 14 juillet, scrutin général le 17 juillet), et d’un soutien accru pour surmonter les barrières culturelles et économiques. Avec seulement 12 femmes maires en 2019, l’objectif de parité reste lointain, mais ces candidates, des Savanes à Lomé, prouvent que le changement est possible.
Pour suivre leurs campagnes, consultez les communiqués de la CENI ou les discussions sur X, où les candidates partagent leurs visions pour un Togo plus inclusif.
La Rédaction

