Dans un effort pour combler les lacunes d’identification qui entravent l’autonomie des femmes, le Togo lance une vaste opération de régularisation ciblant 1 000 femmes vulnérables, en priorité celles issues des secteurs informels et des zones rurales. Pilotée par le ministère de l’Action sociale et celui de l’Administration territoriale, cette initiative s’inscrit dans un projet plus large de modernisation de l’état civil, appuyé par des réformes juridiques et des partenariats internationaux.
Un enjeu structurel
Si le droit à l’identité est théoriquement garanti, environ 27 % des femmes togolaises (selon des estimations d’ONG locales) rencontreraient des difficultés d’accès aux documents civils. Pour y remédier, le projet déploie des unités mobiles administratives chargées d’attribuer gratuitement des jugements supplétifs valant acte de naissance, à raison de 200 bénéficiaires par région. La sélection des bénéficiaires s’effectue en concertation avec les chefs traditionnels et les directeurs régionaux, afin de toucher celles qui restent en marge des circuits formels, souvent privées d’accès à la santé, à l’éducation ou au crédit.
Une réforme législative en appui
Cette campagne s’inscrit dans un contexte de refonte de la loi de 2009 sur l’état civil, jugée obsolète. Des ateliers techniques, financés par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ont permis d’élaborer une feuille de route visant à sécuriser les données et à rapprocher les services publics des citoyens. « L’identité juridique n’est pas un simple formulaire, mais un passeport pour la citoyenneté active », insiste Abidé Kpessi, directrice du Genre, soulignant que 43 % des femmes en milieu rural ignoreraient les démarches d’enregistrement des naissances.
Une dynamique alignée sur les priorités internationales
L’opération s’inscrit dans le cadre du thème 2025 de la Journée internationale des droits des femmes, consacré à « l’accès aux documents d’identité pour une participation au développement ». Elle comprend également des modules de sensibilisation sur l’importance de l’enregistrement civil. Cette initiative repose sur le décret présidentiel de 2021 instaurant la gratuité des déclarations de naissance, dont l’application reste toutefois inégale selon les régions.
Défis et perspectives
Si le gouvernement présente cette initiative comme une avancée majeure vers l’inclusion, des observateurs soulignent que la modernisation de l’état civil nécessitera un renforcement des infrastructures numériques et une formation accrue des agents locaux. Des chantiers en ce sens ont été lancés lors de tournées régionales en 2024, mais leur impact reste à évaluer.
La Rédaction

