Toutes les statistiques n’ont pas la même valeur. Pour garantir que les données utilisées dans les politiques publiques reposent sur des méthodes reconnues et des standards communs, le Togo prépare la mise en place d’un « visa statistique ». Ce futur dispositif devrait instaurer un contrôle préalable des principales opérations de collecte de données réalisées sur le territoire national.
Les chiffres occupent aujourd’hui une place centrale dans la conduite des politiques publiques. Ils orientent les investissements, mesurent les performances des programmes de développement, éclairent les décisions gouvernementales et nourrissent le débat public. Encore faut-il que ces données soient produites selon des méthodes rigoureuses et comparables.
C’est dans cette perspective que le Togo travaille à l’instauration d’un visa statistique, un mécanisme destiné à renforcer la qualité des enquêtes et des études menées à l’échelle nationale ou locale. L’objectif n’est pas de limiter la production de données, mais de s’assurer que les informations appelées à servir de référence répondent aux exigences scientifiques et méthodologiques du Système statistique national.
Une autorisation préalable pour les grandes enquêtes
Concrètement, le visa statistique prendra la forme d’une autorisation délivrée avant la réalisation de certaines opérations statistiques. Les personnes physiques, les administrations, les entreprises, les organismes de recherche ou encore les organisations qui souhaitent conduire des enquêtes entrant dans son champ d’application devront soumettre leur projet à une procédure d’évaluation.
Cette démarche permettra notamment de vérifier la pertinence des méthodes retenues, la qualité des outils de collecte, la cohérence des échantillons et le respect des normes statistiques en vigueur. L’ambition est également d’éviter que plusieurs structures réalisent simultanément des enquêtes similaires, générant des doublons ou des résultats difficilement comparables.
Mieux coordonner la production des chiffres
Le futur dispositif vise aussi à renforcer la coordination entre les différents producteurs de données. Au fil des années, les administrations publiques, les partenaires techniques et financiers, les universités, les instituts spécialisés et les organisations de la société civile ont multiplié les études sectorielles.
Cette diversité constitue une richesse, mais elle peut également entraîner une dispersion des méthodes et une hétérogénéité des résultats. En instaurant un cadre commun, les autorités espèrent améliorer la cohérence de l’ensemble du système statistique national et renforcer la crédibilité des chiffres utilisés pour élaborer, suivre et évaluer les politiques publiques.
Des outils en cours de finalisation
Pour préparer l’entrée en vigueur du mécanisme, l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED) a réuni, au début du mois à Lomé, les principaux acteurs du Système statistique national.
Avec l’appui du Centre africain pour le développement équitable (ACED), les participants ont examiné les instruments qui encadreront la procédure, notamment le manuel d’attribution du visa, les formulaires de demande, les grilles d’évaluation des dossiers ainsi que les documents administratifs nécessaires à leur traitement.
Cette étape doit permettre d’harmoniser les pratiques avant le déploiement effectif du dispositif.
Un enjeu stratégique pour l’action publique
La qualité des statistiques est devenue un levier majeur de gouvernance. Dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, l’agriculture, l’emploi ou les infrastructures, les choix publics reposent de plus en plus sur des données mesurables et régulièrement actualisées.
Le Togo en a récemment donné plusieurs illustrations, notamment avec le lancement de la quatrième Enquête démographique et de santé (EDST-IV), destinée à mesurer les évolutions des principaux indicateurs socio-sanitaires. Cette exigence s’inscrit également dans un contexte démographique dynamique : entre 2010 et 2022, la population togolaise a progressé en moyenne de 2,3 % par an, accentuant le besoin de disposer de données fiables pour anticiper les besoins et orienter les investissements.
Le futur visa statistique s’inscrit enfin dans le partenariat stratégique conclu en juin 2024 entre l’INSEED et l’ACED. À travers cette coopération, les deux institutions entendent renforcer la production, l’accessibilité et l’utilisation de données probantes, devenues indispensables à une décision publique fondée sur des éléments objectifs plutôt que sur des estimations.
La Rédaction

