Deux jours après le Conseil des ministres du 6 octobre, la création de la Société nationale d’aménagement et de développement urbain (SONADU) apparaît comme davantage qu’un changement de sigle. En fusionnant deux structures intervenant dans la fabrique des villes, le gouvernement cherche à regrouper dans un même outil public la planification, l’expertise technique et l’exécution d’opérations d’aménagement. Une réorganisation qui intervient alors que les besoins en logements, infrastructures et équipements urbains progressent avec l’expansion des villes togolaises.
Le décret adopté mardi crée la SONADU sous la forme d’une société d’État, issue de la fusion de la Compagnie togolaise d’aménagement et de développement urbain (CITAFRIC) et de l’Agence d’exécution des travaux urbains (AGETUR-TOGO). Ses missions annoncées couvrent l’aménagement des espaces urbains, l’amélioration de l’habitat et la maîtrise d’ouvrage déléguée pour le compte de l’État et des collectivités territoriales.
Deux savoir-faire désormais réunis
Derrière cette fusion se trouvent des fonctions jusqu’ici réparties entre différentes structures. CITAFRIC intervenait notamment dans l’appui aux municipalités, les stratégies de développement urbain, la préparation de programmes d’investissement et la maîtrise d’ouvrage locale. Le ministère chargé de l’Urbanisme lui attribuait également un rôle de gestion des données urbaines et d’accompagnement des collectivités.
AGETUR-TOGO s’est pour sa part illustrée dans la maîtrise d’ouvrage déléguée et l’exécution technique de projets d’infrastructures urbaines. Elle a notamment été mobilisée dans des opérations de voirie, de drainage et de construction d’équipements publics. La réunion de ces compétences dans la SONADU peut ainsi être comprise comme une tentative de réduire la dispersion institutionnelle entre préparation des projets, assistance aux collectivités et conduite opérationnelle des travaux.
Ce regroupement ne garantit cependant pas, à lui seul, une meilleure efficacité. Celle-ci dépendra de la répartition réelle des responsabilités au sein de la nouvelle société, de ses moyens financiers et humains, mais aussi de la manière dont seront repris les projets, contrats et engagements des structures fusionnées. Le communiqué du Conseil ne fournit pas encore ces précisions.
Les collectivités au centre du nouveau dispositif
La mention explicite des collectivités territoriales est l’un des éléments importants du décret. Avec la décentralisation, les communes sont appelées à assumer davantage de responsabilités, alors que leurs capacités techniques et financières restent très variables. Certaines doivent simultanément répondre aux besoins de voirie, d’assainissement, de drainage, d’équipements collectifs et d’organisation de l’expansion urbaine.
La SONADU pourra assurer pour elles une maîtrise d’ouvrage déléguée. Concrètement, l’État ou une collectivité pourra lui confier la préparation et le suivi d’opérations dont elle ne dispose pas nécessairement des compétences techniques pour assurer directement l’exécution. L’enjeu sera de conserver une articulation claire entre les choix des communes, les priorités nationales et l’intervention de la société d’État.
La question est d’autant plus importante que l’urbanisation ne concerne plus uniquement le Grand Lomé. Les villes secondaires et les chefs-lieux connaissent également une croissance qui oblige à anticiper l’occupation des sols, la circulation, l’assainissement et l’accès aux services essentiels. Une intervention tardive coûte souvent davantage qu’une planification préalable.
Une réforme qui devra se mesurer sur le terrain
Le gouvernement présente la SONADU comme un moyen de rationaliser les interventions publiques, de renforcer l’expertise technique et d’améliorer le suivi des opérations urbaines. Le véritable test viendra désormais de sa capacité à réduire les délais entre la conception des projets et leur réalisation, tout en améliorant la coordination entre administrations et collectivités.
Plusieurs inconnues demeurent. Le décret annoncé ne permet pas encore de connaître l’organisation interne de la société, son capital, son mode de financement, son calendrier opérationnel ou les conditions précises de transfert des activités de CITAFRIC et d’AGETUR-TOGO. Ces éléments seront essentiels pour apprécier la portée réelle de la réforme.
Deux jours après son adoption en Conseil des ministres, l’enjeu n’est donc déjà plus simplement de savoir qu’une nouvelle société publique a été créée. La question devient celle de sa capacité à transformer la planification urbaine en réalisations cohérentes, dans un pays où l’extension des villes rend chaque année plus coûteux le retard pris dans l’aménagement.
La Rédaction
Sources : Communiqué du Conseil des ministres du 6 octobre 2026 ; Présidence du Conseil ; ministère chargé de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme.

