« Depuis ce jour, quelque chose a changé en moi » – Adebayor Sheyi
Quinze ans après l’attaque tragique contre l’équipe nationale togolaise en Angola, Emmanuel Adebayor revient sur ce jour sombre qui a bouleversé sa vie et marqué l’histoire du football africain.
Une décision aux conséquences fatales
En janvier 2010, les Éperviers du Togo, de retour à la Coupe d’Afrique des Nations après avoir manqué l’édition 2008, se préparaient à affronter des poids lourds du football africain : la Côte d’Ivoire de Didier Drogba et le Ghana de Michael Essien. Installés à Pointe-Noire, en République du Congo, ils devaient rejoindre la ville angolaise de Cabinda, située à une centaine de kilomètres, pour leurs matchs de groupe.
Plutôt que de prendre l’avion, l’équipe a opté pour un trajet en bus. Ce choix, motivé par des considérations pratiques, allait se révéler fatal : Cabinda, enclave angolaise, était une région en proie à des tensions séparatistes.
L’attaque : un cauchemar inoubliable
« Nous ne savions pas que nous étions dans une zone de guerre », se rappelle Adebayor. Le bus transportant l’équipe a été pris d’assaut par des séparatistes lourdement armés. « Ils avaient des AK-47, des grenades… On ne voyait même pas leurs yeux », raconte-t-il.
Le chauffeur du bus, grièvement blessé dès les premières minutes, n’a pas pu maîtriser le véhicule, laissant le groupe à la merci des assaillants. Le gardien Kodjovi Obilale a été touché à la colonne vertébrale, tandis que Stanislas Ocloo, attaché de presse, se plaignait d’une douleur qu’il attribuait à une petite blessure. « Nous pensions qu’il n’avait qu’un petit trou comme une injection », explique Adebayor. En réalité, Ocloo avait reçu plusieurs balles et succombera peu après.
Adebayor, persuadé que sa dernière heure était venue, a passé un appel déchirant à sa compagne enceinte : « Si c’est un garçon, appelle-le Junior Emmanuel. Si c’est une fille, appelle-la Princesse Emmanuela », lui a-t-il dit avant de jeter son téléphone sous le feu nourri.
Le drame a duré une trentaine de minutes. À la fin, deux membres de la délégation togolaise, Ocloo et l’entraîneur adjoint Améleté Abalo, avaient perdu la vie.
Un traumatisme durable
Pour Adebayor, les blessures psychologiques sont profondes. « Je profite de cette tribune pour remercier Manchester City », confie-t-il. « À mon retour, le club m’a fourni un psychologue qui venait chez moi tous les jours pour m’aider à gérer la situation. »
Mais le traumatisme reste vivace. « Quand j’entends un bruit semblable à un coup de feu, tout me revient », admet-il. Même regarder des films d’action mettant en scène des armes à feu est devenu difficile pour l’ancien capitaine des Éperviers.
Une leçon de vie
Quinze ans après, Adebayor reconnaît que cette tragédie a transformé sa vision de la vie. « Depuis ce jour, quelque chose a changé en moi », confie-t-il. « J’ai appris à vivre chaque instant comme si c’était le dernier, car on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. »
Cet anniversaire tragique rappelle non seulement la fragilité de la vie, mais aussi la résilience de ceux qui ont survécu à cette attaque. Pour Adebayor et les Éperviers, le 8 janvier 2010 restera gravé dans leur mémoire à jamais.
La rédaction

