Alors que la Tanzanie accueillait le 3ᵉ Sommet du G25 Africain du Café les 21 et 22 février, un acteur méconnu s’impose dans les débats : le Togo. Ce pays ouest-africain, historiquement tourné vers le cacao, opère depuis 2023 une mue stratégique en faisant du café un pilier de sa souveraineté économique. Un pari audacieux qui résonne avec l’urgence continentale de transformer une filière encore trop dépendante des marchés extérieurs.
Le Togo, laboratoire de la valorisation locale
Avec seulement 2 000 tonnes de café produites annuellement, le Togo ne figure pas parmi les géants africains. Pourtant, sous l’impulsion du Conseil Café-Cacao (CCFCC), le pays teste depuis un an des modèles innovants : mutualisation des coopératives, introduction de certifications bio et surtout, construction de la première unité de torréfaction industrielle à Kara.
« D’ici 2025, 40 % de notre production sera transformée localement », annonce Enselme Gouthon, directeur du CCFCC-Togo et figure montante du G25. Une ambition qui cadre avec le récent accord signé avec la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) pour financer des chaînes de valeur régionales.
Actualité brûlante : le café au cœur du plan d’urgence agricole togolais
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte national marqué par les réformes du gouvernement. Le 8 février 2024, le Togo a dévoilé un plan d’investissement de 30 milliards de FCFA pour moderniser son agriculture, avec un volet caféier prioritaire. Objectif : tripler les surfaces cultivées d’ici 2027 en ciblant les jeunes ruraux, via des kits de démarrage incluant plants résistants au climat et formations en agritech. Une réponse directe à l’appel du sommet pour une inclusion générationnelle.
« Le café, levier géoéconomique » : Lomé muscle sa diplomatie agricole
Le Togo ne se contente pas de discours. En marge du G25, Lomé négocie des partenariats avec l’Éthiopie et le Rwanda pour importer leur expertise en matière de contrôle d’appellations d’origine.
« Pourquoi ne pas créer un label Café des 3 Frontières avec le Ghana et le Bénin ? », suggère Gouthon, dont le pays préside depuis janvier la Cédéao. Une approche régionale qui fait écho à la ZLECAf, dont le Togo a été l’un des premiers à adopter les protocoles sur le commerce agroalimentaire.
Innovation : les start-up togolaises à l’assaut des sous-produits
La jeunesse togolaise incarne cette révolution. À Sokodé, la coopérative CaféLab transforme les déchets de café en biochar pour lutter contre la déforestation, tandis qu’à Lomé, la start-up Grïn lance une gamme de cosmétiques à base de café équitable. Autant d’initiatives soutenues par le Fonds national pour l’emploi des jeunes (FONIJ), preuve que la diversification de la filière dépasse les slogans.
Climat et justice sociale : le double défi togolais
Avec des rendements en baisse de 15 % depuis 2020 à cause des sécheresses, le Togo mise sur l’agroforesterie.
« Nos caféiers poussent désormais sous ombrage de karités, ce qui stabilise les revenus des producteurs », explique Gouthon. Une innovation sociale qui inspire le G25, où Lomé plaide pour un fonds climat dédié aux petits caféiculteurs.
Le test de la ZLECAf : le Togo en première ligne
Alors que seulement 5 % du café togolais est aujourd’hui vendu en Afrique, le pays veut profiter de la Zone de libre-échange pour devenir un hub de transformation sous-régional. Un projet de corridor logistique avec le port de Lomé – 2ᵉ porte maritime d’Afrique de l’Ouest – est à l’étude pour exporter directement vers le Maghreb et l’Asie.
Si l’Afrique ne transforme encore que 15 % de son café, le Togo montre qu’une transition rapide est possible. À l’heure où l’Europe durcit ses normes environnementales (règlement EUDR sur la déforestation), ce sommet pourrait consacrer Lomé comme modèle de résilience caféière – une revanche pour ce pays qui importait encore 80 % de son café en 2000.
La Rédaction

