Retour sur une tradition ancestrale
« D’Pontre/N’Nidak », signifiant « goûter à la nouvelle igname », symbolise l’amour pour le Togo. Tout comme l’igname incarne la richesse de la terre et le renouveau, l’amour pour le Togo reflète l’attachement aux traditions, à la culture et à l’histoire du pays. Chaque nouvelle récolte, comme chaque génération, renouvelle ce lien profond avec la nation.

Chaque année, au cœur du mois de septembre, resurgit avec éclat dans la commune de Dankpen, au Togo, **D’Pontre/N’Nidak**, une fête séculaire célébrée depuis soixante ans, unissant les peuples Bassar et Konkomba dans une communion festive et spirituelle autour d’un symbole simple mais puissant : l’igname. Ce tubercule, aliment de base et produit sacré, incarne l’unité, la fraternité et la paix entre ces deux communautés, désormais indissociables par leur histoire, leur culture et leurs valeurs.
L’igname : au-delà de la récolte, un symbole sacré
La fête de l’igname, ou « D’Pontre/N’Nidak », n’est pas seulement un événement agricole ; elle est d’abord une cérémonie spirituelle, un moment où les Bassar et les Konkomba rendent hommage aux forces invisibles qui président à la bonne moisson. « Goûter à la nouvelle igname », comme le signifie littéralement l’appellation D’Pontre/N’Nidak, est un rituel sacré. Avant toute consommation, les prémices de cette récolte sont offerts aux mânes des ancêtres, garantissant la bénédiction des récoltes et la continuité de la prospérité pour la communauté. C’est aussi un acte de gratitude envers les ancêtres pour leur protection et leur générosité.

À travers ce geste symbolique, les deux peuples affirment leur respect profond pour la nature et leurs racines. L’igname n’est pas seulement un aliment ; elle est une offrande, une bénédiction et, plus encore, un pont entre le monde des vivants et celui des esprits protecteurs. Ce lien sacré est renforcé chaque année par une tradition transmise fidèlement de génération en génération, rassemblant dans une même ferveur tous les natifs du Grand Bassar, qu’ils résident au Togo ou à l’étranger.
Soixante ans de célébration, un demi-siècle d’unité
Pour la soixantième fois cette année, la commune de Guérin-Kouka, chef-lieu de la préfecture de Dankpen, a accueilli ce rendez-vous annuel, attirant une foule venue de toutes les contrées. Cet événement dépasse les simples retrouvailles festives. Il symbolise une hyper cohésion sociale, une alliance indéfectible entre les Bassar et les Konkomba, deux peuples qui partagent plus que des terres : ils partagent une même vision de l’humanité, une même foi en la tradition et un même respect pour leurs ancêtres.



Depuis six décennies, cette célébration alterne d’une année à l’autre entre les deux communautés, reflétant ainsi leur désir de partager et de renforcer leur unité. Le chef de l’État Faure Gnassingbé était représenté pour cette édition par le ministre de l’agriculture, de l’élevage et du développement rural Antoine Lékpa Gbegbeni, des responsables de la société civile et du secteur privé tel que Thierry Awesso PDG de Nioto pour souligner l’importance que revêt cette fête pour l’identité culturelle nationale. D’une grande symbolique, cette célébration réaffirme une forte identité culturelle commune et indivisible.
Un patrimoine culturel inestimable
Le « D’Pontre/N’Nidak » n’est pas qu’un simple événement annuel. Il est une fenêtre sur le patrimoine culturel immensément riche des Bassar et des Konkomba. Les danses, les chants, les parades colorées et les rites ancestraux qui ponctuent la fête sont autant d’expressions de leur identité, de leur histoire et de leurs croyances. Ces moments de communion renforcent les liens entre les générations, transmettant des valeurs et des savoir-faire qui, dans ce monde en constante mutation, trouvent encore écho dans le quotidien des familles.
L’igname, omniprésente durant ces festivités, est bien plus qu’un produit agricole. Elle est un pilier de la vie sociale, un gage de respect et d’honorabilité. Chez les Konkomba, l’igname est essentielle à la structuration de la vie familiale et matrimoniale. Le rite N’nidak, le « goûter de la nouvelle chose », précède toute consommation de la nouvelle récolte et s’accompagne de sacrifices d’animaux noirs – symboles de pureté et de protection spirituelle – offerts aux jumeaux ou aux enfants nés avec des particularités physiques, tels que six doigts.
Une fête dans la joie et l’unité
Au-delà des rites, c’est une fête empreinte de joie, où chaque Bassar et Konkomba manifeste son appartenance à une communauté unie et fière. Ces retrouvailles annuelles constituent un moment de partage, où les sourires, les accolades et les chants rivalisent avec l’éclat des parures traditionnelles. Ce rendez-vous est aussi une vitrine exceptionnelle pour valoriser les talents, l’artisanat et les richesses culturelles du Grand Bassar.
Le tubercule d’igname, au centre de cette fête, devient ainsi un vecteur d’union, de fraternité et de paix. Il est le ciment qui soude les membres de la communauté, le lien invisible mais omniprésent qui rappelle à chacun l’importance de la solidarité et du respect des valeurs ancestrales.
Un modèle d’unité pour tout le Togo
La fête de l’igname, célébrée avec tant de ferveur par les Bassar et les Konkomba, est un modèle de cohésion sociale et de préservation culturelle. En cette soixantième édition, elle nous rappelle que la diversité, lorsqu’elle est célébrée et partagée, est une force inébranlable. Ces deux peuples, par leur sincérité, leur respect mutuel et leur attachement aux valeurs ancestrales, incarnent un idéal d’unité qui va bien au-delà de leurs préfectures.
C’est là l’une des plus grandes leçons à retenir de cette fête : dans le Togo multiculturel d’aujourd’hui, la diversité n’est pas une barrière, mais un pont qui unit les peuples. Comme l’igname lie les Bassar et les Konkomba, les multiples identités du Togo se fondent en une seule, celle du peuple togolais, fier de son histoire et confiant en son avenir.
Ainsi, à travers ce rituel séculaire, c’est toute une nation qui trouve une nouvelle occasion de se réaffirmer dans son unité et sa diversité, des valeurs qui, depuis toujours, constituent la véritable richesse du Togo.
La Rédaction

