Dans le nord du Togo, le développement prend désormais une dimension stratégique. Il ne s’agit plus seulement de combler des déficits d’infrastructures ou d’étendre les services publics : les investissements engagés cherchent à consolider des territoires confrontés simultanément à la pauvreté, aux déplacements de populations, aux difficultés d’accès à l’énergie et aux effets de l’instabilité venue du Sahel.
Cette convergence apparaît particulièrement dans les Savanes. L’État et ses partenaires y interviennent sur plusieurs fronts avec une même logique : réduire les fragilités qui, lorsqu’elles s’accumulent, affaiblissent durablement les communautés.
Le Programme d’urgence de renforcement de la résilience et de la sécurité des communautés (PURS) illustre cette orientation. Pour 2026-2027, 18 milliards de FCFA sont prévus au bénéfice de 433 758 personnes vulnérables. À une échelle plus ciblée, Savanes Kpaadu, soutenu par l’Union européenne à hauteur de 2 milliards de FCFA, concerne plus de 21 000 personnes dans les sept préfectures de la région.
Faire de l’accès aux services un facteur de stabilité
La stratégie ne se limite pas à l’accompagnement social. À Dapaong, la centrale solaire prévue avec une puissance de 25 MWc et 36 MWh de stockage doit renforcer l’approvisionnement électrique d’une région où l’énergie conditionne aussi bien l’activité économique que le fonctionnement des services.
Le programme prévoit, dans une première étape, 1 853 lampadaires et le raccordement d’environ 12 100 foyers. L’électricité devient ainsi un élément d’un ensemble plus vaste : permettre aux populations de travailler, se déplacer et accéder aux services dans de meilleures conditions.
Cette lecture vaut également pour l’élevage. Un programme régional doté de 60 millions d’euros pour treize pays, dont le Togo, doit intervenir jusqu’en 2030. Dans le Nord, où l’économie rurale occupe une place importante, renforcer les filières productives participe directement à la capacité des ménages à résister aux chocs.
Reconnecter le Nord aux grands axes économiques
L’autre bataille est celle de la mobilité. Dans la Kéran, 2,2 milliards de FCFA doivent financer un nouveau pont métallique dans le cadre du programme Unibridge.
À une autre échelle, la réhabilitation de 115 kilomètres de la RN1 entre Aouda et Kara s’inscrit dans le projet du corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey. Le programme mobilise 470 millions de dollars dans les pays concernés, dont 120 millions pour le Togo, avec l’ambition de réduire de 25 % le temps d’acheminement du fret entre Lomé et Niamey.
Pour les territoires traversés, l’enjeu n’est donc pas seulement routier. Une meilleure connexion au corridor peut rapprocher les producteurs des marchés, réduire certains coûts logistiques et renforcer les échanges entre le Nord, le reste du pays et l’espace sahélien.
Du développement à la résilience territoriale
C’est la simultanéité de ces investissements qui leur donne une autre portée. Une route ne compense pas à elle seule la fragilité économique d’une communauté ; une centrale électrique ne règle pas l’accès aux revenus ; un programme social ne peut durablement remplacer les opportunités économiques.
En intervenant sur plusieurs de ces facteurs à la fois, le Togo cherche progressivement à construire dans le Nord un territoire capable d’absorber davantage les crises sans voir ses équilibres sociaux et économiques se dégrader.
La réussite de cette stratégie ne se mesurera donc pas au nombre de chantiers inaugurés ni au cumul des milliards engagés. Elle dépendra de leur capacité à produire, ensemble, ce qu’aucun investissement isolé ne peut garantir : des territoires mieux connectés, des économies locales plus solides et des populations moins vulnérables aux chocs.
La Rédaction

