Lomé mise sur une révolution discrète mais décisive : rendre la production de ciment plus écologique, sans freiner le développement. Entre technologie verte et politiques publiques, le Togo entame un virage structurant.
Au Togo, la décarbonation de l’industrie ne se limite plus aux grandes déclarations : elle s’amorce concrètement là où on l’attendait le moins. Dimanche dernier, le gouvernement a révélé sa feuille de route pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans un secteur industriel parmi les plus polluants : le ciment.
En collaboration avec les trois cimenteries actives dans le pays, les autorités entendent engager une transformation profonde de la chaîne de production. Objectif : faire du ciment togolais un levier de développement durable.
Miser sur un ciment moins carboné
Le premier chantier s’attaque au cœur du problème : le clinker, principal composant du ciment et responsable d’environ 90 % de ses émissions de CO₂. Le plan prévoit une réduction progressive de la part de clinker dans le mélange, actuellement de 65 %, pour atteindre 40 % à l’horizon 2050.
Pour cela, le Togo mise sur une solution technologique innovante : le ciment LC3 (calcaire – argile calcinée – clinker), déjà testé dans plusieurs pays. Cette formule permet de réduire l’empreinte carbone jusqu’à 40 %, sans sacrifier les performances mécaniques.
« Ce changement suppose aussi une réforme des normes nationales, comme cela a été entrepris au Ghana », a souligné Méry Yaou, directrice de l’Environnement, sur les ondes de la radio nationale.
Révolution énergétique dans les fours
L’autre levier de la transition vise l’énergie utilisée pour la cuisson du clinker. Aujourd’hui encore, le charbon reste la principale source. Le gouvernement entend inverser la tendance en introduisant des combustibles alternatifs, à commencer par les déchets agricoles, forestiers et municipaux.
Un modèle s’impose déjà : l’Ouganda, où certains fours sont alimentés à 60 % par des résidus végétaux. Le Togo ambitionne d’aller dans la même direction, tout en créant une économie circulaire locale autour des déchets.
Un accompagnement stratégique de l’État
Conscient des défis techniques et financiers, l’État prévoit de renforcer le cadre réglementaire, mais aussi d’ouvrir l’accès à des financements verts, en particulier via le Fonds vert pour le climat, qui dispose d’une fenêtre dédiée au secteur privé.
L’ambition est claire : faire de la transition écologique un facteur de compétitivité industrielle, et non une contrainte. Le partenariat avec les cimentiers s’inscrit ainsi dans une dynamique collaborative, où les objectifs environnementaux rencontrent les réalités économiques.
Un pari stratégique pour l’avenir
La stratégie togolaise s’inscrit dans une vision de long terme, où développement et durabilité ne s’opposent plus, mais se renforcent. Si elle réussit, cette mutation pourrait placer le Togo parmi les pionniers de la production de ciment bas carbone en Afrique de l’Ouest.
Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique, le choix de transformer l’un des secteurs les plus émissifs en moteur de la transition n’est pas anodin. Il révèle une volonté politique assumée : bâtir l’avenir sans sacrifier la planète.
La Rédaction

