Des fils de coton qui laissent passer la lumière, du raphia qui déborde des trames, des surfaces d’indigo transformées en reliefs : à Lomé, le textile explore de nouveaux territoires artistiques. Réunissant des créations du Togo, du Bénin et du Ghana, l’exposition « Les Routes du Textile Ouest-Africain », visible jusqu’au 5 novembre, révèle comment les savoir-faire artisanaux peuvent devenir une matière de recherche et d’expression contemporaine.
Quand le tissage devient une recherche artistique
Dans les œuvres présentées, le tissu ne se définit plus seulement par ses motifs ou sa fonction vestimentaire. Sa structure même devient un espace d’expérimentation.
La tisserande Deborah Amoussou-Anani explore ainsi les possibilités du coton teint à l’indigo à travers des trames volontairement ajourées. Les ouvertures ménagées entre les fils modifient la perception de l’œuvre, faisant intervenir la lumière dans sa composition.
Afi Eugénie Gnatchiglo pousse cette recherche vers une expression sculpturale. En associant coton écru et raphia, elle donne au textile des volumes et des prolongements qui s’affranchissent de sa forme habituelle.
Le maître tisserand ghanéen Francis Ahiadu travaille, lui aussi, les variations de densité et de relief pour créer des ondulations dans la matière.
Trois pays, des savoir-faire qui se rencontrent
Ces expérimentations prolongent une résidence de recherche-création organisée par la Fondation Mablé Agbodan. Artisans confirmés et jeunes créateurs y ont confronté leurs pratiques, partagé leurs techniques et travaillé collectivement autour du coton, du raphia et de la teinture à l’indigo.
L’intérêt de cette démarche réside dans la circulation des connaissances. Une technique transmise au sein d’une famille ou pratiquée dans un atelier peut ainsi trouver de nouvelles applications au contact d’autres traditions artisanales.
Faire reconnaître la valeur de la création manuelle
Pour Mablé Agbodan, cette rencontre porte également une ambition professionnelle : faire évoluer le regard porté sur les métiers d’art et encourager les jeunes à s’y engager.
Au-delà des douze créations exposées, l’expérience soulève une question essentielle pour les filières artisanales africaines : comment donner aux détenteurs de savoir-faire les moyens d’être reconnus également comme des créateurs ?
À Lomé, les œuvres apportent une première réponse. Le patrimoine textile ne se transmet pas uniquement en reproduisant les gestes du passé. Il continue de se construire à travers ceux qui osent les réinventer.
La Rédaction
Sources : Institut français du Togo — Présentation de la résidence ; Levisionnaire — Reportage sur l’exposition.

