Réunis à Kara du 11 au 16 octobre pour leur 143ᵉ session ordinaire, les membres de la Conférence des évêques du Togo (CET) abordent plusieurs questions essentielles à la vie de l’Église catholique. Mais l’inscription de la situation sociopolitique nationale à leur ordre du jour ravive une interrogation récurrente : quelle place les responsables religieux doivent-ils occuper dans le débat public d’un État laïc ?
Depuis dimanche, Kara accueille les travaux de la Conférence des évêques du Togo. Cette rencontre périodique permet aux responsables des diocèses d’examiner les priorités pastorales, les difficultés rencontrées par les communautés catholiques et les orientations à donner à leur action.
La session porte notamment sur le centenaire des Œuvres pontificales missionnaires, la formation dans les grands séminaires et la vie des diocèses. Mais les évêques doivent également échanger sur l’évolution de la situation nationale, un sujet qui dépasse le cadre strictement religieux.
La laïcité n’interdit pas la parole religieuse
Au Togo, la séparation entre les institutions publiques et les organisations confessionnelles constitue un principe fondamental. La conduite des affaires politiques appartient aux autorités investies de cette responsabilité, tandis que les communautés religieuses exercent librement leurs missions spirituelles, éducatives et sociales.
Cette distinction ne signifie cependant pas que les responsables religieux soient privés de toute expression sur les questions collectives. Comme les autres acteurs de la société, ils peuvent participer aux réflexions portant sur la justice, la dignité humaine, la paix ou la cohésion nationale.
La difficulté apparaît lorsque cette expression touche directement aux décisions politiques. Une prise de position présentée comme morale peut être perçue comme une intervention partisane, particulièrement dans un contexte de divergences institutionnelles.
Une histoire qui nourrit les interrogations
Les prises de parole de la CET ont parfois suscité des réactions contrastées. En mars 2024, les évêques avaient notamment demandé de différer la promulgation de la nouvelle Constitution, ouvrant un débat sur les limites de leur intervention dans une réforme relevant des institutions politiques.
Le souvenir de Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, archevêque émérite de Lomé, demeure également présent. Son soutien à la candidature d’Agbéyomé Kodjo lors de l’élection présidentielle de 2020 avait illustré une forme d’engagement politique personnel particulièrement affirmée.
Il importe toutefois de distinguer les initiatives individuelles d’un prélat des positions collectivement adoptées par la Conférence épiscopale. Cette différence est essentielle pour apprécier le rôle institutionnel de la CET.
Les évêques inscrivent généralement leurs interventions dans la doctrine sociale de l’Église, qui leur reconnaît une responsabilité morale à l’égard des questions touchant la société. Leurs détracteurs considèrent néanmoins que certaines prises de position peuvent brouiller la distinction entre accompagnement spirituel et arbitrage politique.
Kara, un rendez-vous pastoral avant tout
La 143ᵉ session ne saurait donc être réduite à son volet sociopolitique. La formation des futurs prêtres, l’organisation pastorale et les missions de l’Église constituent également des enjeux importants pour les communautés catholiques togolaises.
Quant aux discussions sur la situation nationale, leur portée ne pourra être appréciée qu’à la lumière des conclusions effectivement rendues publiques. Aucun positionnement nouveau ne peut être présumé avant la fin des travaux.
La rencontre de Kara rappelle ainsi que la place de l’Église dans la société togolaise repose sur un équilibre délicat : contribuer au dialogue et à la paix sans se substituer aux institutions chargées des choix politiques. C’est dans la clarté de cette distinction que sa parole peut conserver sa dimension morale et sa crédibilité auprès de l’ensemble des citoyens.
La Rédaction
Sources : Conférence des évêques du Togo ; informations relatives à la 143ᵉ session ordinaire ; déclarations publiques antérieures de la CET.

