Après le refroidissement diplomatique de 2024, N’Djamena et Paris misent sur les affaires pour ouvrir une nouvelle séquence. Le forum organisé à Paris le 25 septembre a fait émerger des projets dans l’énergie, la santé, l’élevage et la logistique. Mais entre accords annoncés, financements mobilisés et réalisations attendues, l’enjeu sera de mesurer ce que ces partenariats apporteront à la production, à l’emploi et aux échanges régionaux.
Du retrait militaire au rapprochement économique
En novembre 2024, le Tchad a dénoncé son accord de défense avec la France. Le retrait des forces françaises, achevé en janvier 2025, a marqué une rupture dans une relation longtemps structurée autour de la coopération militaire. La rencontre entre les présidents Mahamat Idriss Déby Itno et Emmanuel Macron à Paris, en janvier 2026, puis le forum d’affaires organisé le 25 septembre, ont ouvert une nouvelle séquence de dialogue.
Le forum a réuni des entreprises et responsables des deux pays autour du plan « Tchad Connexion 2030 ». L’objectif tchadien est ambitieux : mobiliser 30 milliards de dollars d’ici à 2030, soit environ 26,5 milliards d’euros ou 17 400 milliards de FCFA. Cette enveloppe concerne le développement du pays dans son ensemble. Elle ne constitue pas un engagement financier français. En novembre 2025, la Banque africaine de développement faisait état de 20,5 milliards de dollars d’engagements obtenus auprès de sources privées et internationales, dont une partie associée à des accords et protocoles. Ces annonces donnent une mesure des ambitions, mais ne signifient pas que tous les fonds sont déjà décaissés ou les projets réalisés.
Des projets concrets, mais d’inégale maturité
Les secteurs abordés au forum vont de l’énergie et des infrastructures à l’élevage, la santé, la recherche et la formation. Des accords ou protocoles ont notamment été annoncés pour le projet de port sec de Toukra, un abattoir moderne, des centres de santé et des initiatives de formation. Pour plusieurs de ces projets, les informations publiques consultées ne précisent ni le montant total, ni le calendrier, ni le financement finalisé. Une signature constitue une étape, pas encore une réalisation.
Le projet solaire porté par l’entreprise française Qair est plus avancé. Deux centrales hybrides de 30 mégawatts-crête, associées à des batteries de 8 mégawattheures, sont prévues à Gassi et Lamadji, près de N’Djamena. Un premier décaissement a été annoncé. Qair évoque un financement global de 37,9 millions d’euros, soit près de 24,9 milliards de FCFA. Proparco, de son côté, détaille 15 millions d’euros apportés par ses soins et autant par la Banque africaine de développement. Les informations publiées ne permettent pas de réconcilier entièrement ces montants. Le projet est en construction : son effet sur l’accès à l’électricité reste donc à évaluer.
La valeur créée au Tchad, principal critère
Le rapprochement économique devra aussi être apprécié à partir de la structure des échanges. En 2024, selon le ministère français des Affaires étrangères, les exportations françaises vers le Tchad ont atteint 117 millions d’euros, tandis que les importations françaises se sont élevées à 414 millions d’euros, principalement portées par les hydrocarbures. Le stock d’investissements français au Tchad était estimé à 50 millions d’euros, contre 111 millions en 2019. Ces chiffres soulignent l’enjeu de diversifier les échanges et de faire davantage bénéficier l’économie locale des projets engagés.
Pour le Tchad, l’intérêt des partenariats se jouera dans les emplois créés, les compétences transmises, la place accordée aux entreprises nationales et la transformation des ressources sur place. Le port sec de Toukra et les investissements dans l’élevage peuvent aussi être examinés à l’échelle régionale : améliorer la circulation des marchandises et développer des filières locales pourrait renforcer les liens avec les marchés d’Afrique centrale. Ces retombées restent toutefois à démontrer projet par projet.
Des annonces aux résultats mesurables
La relance économique est donc une orientation affichée, soutenue par des rencontres politiques et des projets désormais identifiables. Pour en mesurer la portée, il faudra suivre les décaissements, l’avancement des chantiers, l’électricité réellement injectée sur le réseau, les emplois locaux et la part de valeur ajoutée conservée au Tchad. C’est à ces résultats, plus qu’au nombre d’accords annoncés, que se jugera la solidité de ce nouveau partenariat.
La Rédaction
Sources : RFI, « Tchad-France : l’économie pour relancer une relation refroidie » ; ministère français des Affaires étrangères ; ministère tchadien des Finances ; Proparco ; Banque africaine de développement.

