Bruxelles revoit sa position : les sanctions économiques générales contre la Syrie sont levées, mais l’Union européenne maintient la pression sur les figures de l’ancien régime Assad.
Un tournant diplomatique vient de s’amorcer. L’Union européenne a annoncé la levée progressive de ses sanctions économiques contre la Syrie, tout en conservant les restrictions ciblées à l’encontre des anciens dignitaires du régime déchu de Bachar al-Assad. La décision a été rendue publique par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept.
« Sauver des vies doit être notre priorité absolue en Syrie », a déclaré Mme Kallas, justifiant une décision qualifiée de pragmatique face à l’urgence humanitaire.
Stabiliser ou sanctionner : l’Europe fait le choix du redressement
La guerre civile syrienne, qui a duré plus d’une décennie, a laissé derrière elle un pays exsangue : 90 % de la population vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, selon les Nations unies. L’électricité publique ne fonctionne que deux heures par jour, et des millions de Syriens restent déplacés à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Dans ce contexte, l’Union européenne veut soutenir la transition menée par le nouveau président Ahmad al-Sharaa, arrivé au pouvoir après l’insurrection qui a renversé Bachar al-Assad fin 2024. Les sanctions sont donc levées de manière conditionnelle : tout retour à la violence ou aux pratiques autoritaires pourrait entraîner leur réactivation.
« Soit nous leur donnons une chance de stabiliser le pays, soit nous assistons à un effondrement comme en Afghanistan », a prévenu Kallas.
Une coordination transatlantique discrète mais réelle
Cette décision intervient quelques jours après la visite du président américain Donald Trump à Damas, où il a lui aussi annoncé un allègement des sanctions américaines. La synchronisation des annonces, sans être officiellement concertée, illustre un changement d’approche occidental : favoriser la reconstruction plutôt que l’isolement.
Des lignes rouges maintenues
Si l’économie syrienne obtient un sursis, l’Union européenne affirme qu’elle n’abandonne pas ses principes. Le Conseil européen a précisé que les sanctions sur les armes et les technologies pouvant être utilisées pour la répression interne resteront en vigueur. De nouvelles mesures ciblées seront même ajoutées contre ceux qui menacent la stabilité ou violent les droits humains.
Dans les rues de Syrie, un souffle d’espoir
L’annonce a été accueillie par des scènes de liesse dans plusieurs villes syriennes, tandis que les voisins arabes – notamment le Liban et la Jordanie – ont salué cette évolution. Ces pays accueillent depuis des années des millions de réfugiés syriens et espèrent voir le retour d’une stabilité durable.
« Il ne peut y avoir de paix sans voie de redressement économique », a conclu Kaja Kallas.
La levée des sanctions européennes n’est pas une récompense, mais une tentative d’ouvrir une fenêtre de réhabilitation pour un pays ruiné. Un pari risqué, mais peut-être nécessaire.
La Rédaction

