Pour sa première visite en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad, le secrétaire général des Nations unies a plaidé en faveur d’un engagement international plus large. Le pays tente de sortir de près de quatorze années de guerre, mais la pauvreté, les destructions et les tensions sécuritaires continuent de freiner son redressement.
La Syrie ne pourra pas se reconstruire seule. Tel est le message porté par António Guterres lors de son déplacement à Damas, le premier effectué par un secrétaire général de l’ONU en exercice depuis 2009.
Arrivé samedi 25 juillet, il s’est entretenu avec le président syrien Ahmed al-Sharaa et le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani. Les discussions ont notamment porté sur le renforcement de l’aide des Nations unies, la reconstruction des infrastructures et la fermeture progressive des camps de déplacés.
Une visite hautement symbolique
Ce déplacement marque une nouvelle étape dans le retour diplomatique de la Syrie sur la scène internationale, après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024.
António Guterres a également parcouru la vieille ville de Damas et visité la mosquée des Omeyyades, deux lieux emblématiques de l’histoire syrienne. Son programme prévoit par ailleurs des échanges avec la société civile, une intervention devant le Parlement ainsi qu’une visite auprès de la force des Nations unies déployée dans le sud du pays.
Au-delà de sa portée politique, la visite rappelle l’ampleur du défi laissé par le conflit commencé en 2011. Des centaines de milliers de personnes ont été tuées, des millions d’autres déplacées et une grande partie des infrastructures détruite.
Une reconstruction estimée à 216 milliards de dollars
La Banque mondiale estime à environ 216 milliards de dollars le coût de la reconstruction physique du pays. Cette somme représente près de dix fois le produit intérieur brut syrien projeté pour 2024, signe de l’impossibilité pour Damas d’assumer seul un tel effort.
La situation sociale demeure tout aussi préoccupante. Les Nations unies estiment que près de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, alors que l’aide internationale a diminué et que les services essentiels restent affaiblis.
Les États-Unis et l’Union européenne ont levé une grande partie des sanctions économiques instaurées sous le régime Assad. Toutefois, la reprise des investissements, des échanges bancaires et de l’activité économique reste lente. L’Union européenne maintient également des mesures ciblées contre certaines personnalités et entités liées à l’ancien pouvoir.
Une transition encore exposée aux violences
La reconstruction ne dépend pas uniquement des financements. Le nouveau pouvoir doit aussi stabiliser le pays, restaurer les institutions et garantir la sécurité des différentes communautés.
La transition conduite par Ahmed al-Sharaa a déjà été marquée par de graves violences sectaires, notamment contre les minorités alaouite et druze. António Guterres a appelé à ce que les responsables de ces exactions rendent des comptes et à ce que la future Syrie repose sur une gouvernance inclusive.
Le dossier israélien constitue une autre source de tension. Après la chute de Bachar al-Assad, les forces israéliennes ont pris le contrôle de nouvelles positions dans le sud syrien, au-delà de la zone tampon établie par l’accord de désengagement de 1974. Damas réclame leur retrait.
En appelant la communauté internationale à soutenir le peuple syrien, le secrétaire général de l’ONU place donc le pays face à une double urgence : reconstruire ce que la guerre a détruit tout en empêchant que les fractures politiques, communautaires et régionales ne compromettent la transition.
La Rédaction

