La Suisse est-elle encore neutre face à Gaza ? Deux sénateurs genevois, Carlo Sommaruga et Mauro Poggia, ont déclenché une tempête politique en comparant les agissements d’Israël au régime nazi. Des propos explosifs qui révèlent un malaise plus profond : celui d’un pays tiraillé entre diplomatie traditionnelle et indignation morale.
Des accusations frontales venues de Genève
Le socialiste Carlo Sommaruga n’a pas mâché ses mots. En s’en prenant au conseiller fédéral Ignazio Cassis, ministre des Affaires étrangères, il l’a traité de « collabo ». Mot rare, violent, chargé d’histoire. En cause : la position jugée trop conciliante de Cassis envers Israël et son refus de condamner frontalement les bombardements sur Gaza. Pour Sommaruga, rester silencieux face à ce qu’il qualifie de « crimes de guerre » revient à cautionner l’oppression.
Poggia sur la même ligne radicale
Mauro Poggia, conseiller aux États pour le MCG, n’a pas hésité non plus à franchir la ligne rouge. Dans une tribune, il a établi un parallèle entre la situation à Gaza et les pratiques du régime nazi des années 1940. Selon lui, l’Occident, prisonnier de sa culpabilité historique, ferme les yeux sur ce qu’il décrit comme une politique de « nettoyage ethnique » menée par Israël. Des mots crus, rarement entendus dans l’arène politique suisse.
Ignazio Cassis ciblé au nom de la morale
Les critiques visent donc le ministre libéral-radical Ignazio Cassis, accusé de trahir la tradition humanitaire suisse. Son refus d’imposer des sanctions contre les colons israéliens violents en Cisjordanie, ou d’interdire clairement les livraisons d’armes indirectes, est dénoncé comme une complicité. Sommaruga va plus loin encore en s’opposant à l’interdiction du Hamas, arguant que cela mettrait en péril la fonction de médiation historique de la Suisse.
La neutralité contestée de l’intérieur
Ces déclarations font ressurgir une vieille fracture : la neutralité suisse est-elle synonyme d’équilibre ou d’aveuglement volontaire ? Si une partie du Parlement reste fidèle à une ligne prudente, d’autres — comme les deux élus genevois — jugent qu’une politique neutre n’a de sens que si elle s’adosse aux principes du droit international et des droits humains.
Un séisme politique… sans répercussions concrètes
Malgré l’onde de choc, les institutions résistent. La demande de démission de Sommaruga du comité des Suisses de l’étranger a été rejetée. Le Conseil des États a également refusé ses motions visant à sanctionner Israël. Reste un débat ouvert : que vaut la neutralité suisse lorsqu’elle s’exerce dans un monde où la morale et la diplomatie ne parlent plus la même langue ?
La Rédaction

