Dans les plaines verdoyantes de Tové Agbéssia, au sud du Togo, les semis se succèdent avec une régularité presque désespérée. Trois fois déjà, le maïs a été mis en terre cette saison. Trois fois, sans retour. La pluie n’est pas venue. Mais les cultivateurs s’acharnent, obstinés, arc-boutés sur la certitude que quelque chose finira par pousser.
Une saison bouleversée
Traditionnellement, la première saison des pluies — Ada, en langue éwé — commence en mars. Elle lance la période des semis et structure tout le calendrier agricole local. Mais cette année, dans la région de Kpalimé comme ailleurs dans le sud, les précipitations tardent. À Tové Agbéssia, les nuages passent sans s’arrêter. Le climat, jadis prévisible, devient source d’angoisse.
Maïs, haricot, manioc, igname… les cultures vivrières, colonne vertébrale de la sécurité alimentaire locale, dépendent entièrement de ces pluies saisonnières. Lorsque celles-ci se dérèglent, c’est toute la chaîne de production qui vacille.
La répétition comme instinct de survie
Même en juin, les semis continuent. Non pas par naïveté, mais par nécessité. Les cultivateurs savent que l’attente passive est un luxe qu’ils ne peuvent se permettre. La terre est préparée, les semences plantées une fois encore. Le ciel peut toujours changer d’avis.
Dans cette répétition obstinée des gestes agricoles, il y a bien plus qu’une routine : une résistance silencieuse, quotidienne, presque héroïque. Le travail se poursuit sans garantie de récolte, simplement parce qu’il faut tenir, nourrir les familles, préserver le peu de revenus disponibles.
L’urgence de s’adapter
Cette saison capricieuse illustre avec force les conséquences du changement climatique sur les agricultures d’Afrique de l’Ouest. L’irruption de l’incertitude transforme en profondeur les pratiques et met à nu les failles d’un système agricole encore trop dépendant des aléas naturels.
Sans semences résistantes à la sécheresse, sans systèmes d’irrigation, sans accompagnement technique, la résilience paysanne atteint ses limites. Pourtant, sur le terrain, des solutions locales émergent. Mais elles restent isolées, fragiles, faute de soutien structuré.
Refuser de plier
Dans les sillons de Tové Agbéssia, rien n’est certain. Ni le retour des pluies, ni la récolte, ni même le lendemain. Mais ce qui demeure, c’est la détermination. Un refus de plier face au dérèglement du monde.
Dans ce Sud-Togo où le ciel reste vide mais les sols fertiles, les paysans continuent de semer — du maïs, certes, mais aussi un espoir têtu.
La Rédaction

