Quand la confiance devient une arme mortelle
Pendant près d’une décennie, Mexico a vécu sous la menace d’un prédateur inattendu. Non pas un homme tapi dans l’ombre, mais une femme capable de se fondre dans le décor social le plus banal. Juana Barraza Samperio, surnommée par la presse « La Mataviejitas » — littéralement la tueuse de petites vieilles — a assassiné des dizaines de femmes âgées entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000. Son affaire a bouleversé les certitudes sur le crime féminin et mis en lumière les angles morts de la protection des personnes vulnérables dans les grandes métropoles latino-américaines.
Ancienne lutteuse professionnelle occasionnelle, Barraza menait une vie discrète dans les quartiers populaires de la capitale mexicaine. Rien, à première vue, ne la distinguait d’une assistante sociale, d’une infirmière ou d’une visiteuse bienveillante. C’est précisément cette normalité qui lui permettait d’approcher ses victimes sans éveiller la moindre méfiance.
Une prédatrice déguisée en aide sociale
Le mode opératoire de Juana Barraza reposait sur une mécanique simple mais redoutable. Elle ciblait des femmes âgées vivant seules, frappait à leur porte sous un prétexte banal, proposait de l’aide, une consultation ou un service administratif, puis gagnait leur confiance. Une fois à l’intérieur, l’agression devenait brutale. Les victimes étaient étranglées, souvent avec des objets domestiques ou des vêtements, avant que Barraza ne fouille les lieux pour emporter de petites sommes d’argent ou des biens faciles à revendre.
Ce qui rendait l’enquête particulièrement complexe, c’était l’absence de lien apparent entre les scènes de crime. Les quartiers différaient, les profils sociaux variaient légèrement, et la tueuse laissait peu d’indices. Pendant longtemps, la police mexicaine chercha un homme, convaincue qu’une femme ne pouvait pas être l’auteure d’une série aussi violente. Cette erreur de perception retarda considérablement l’identification du véritable prédateur.
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La chasse à “La Mataviejitas” et les failles de l’appareil policier
À mesure que les corps s’accumulaient, la peur s’installait dans les foyers de Mexico. Les familles commencèrent à enfermer leurs proches âgées, à refuser toute visite non annoncée, et à soupçonner toute personne se présentant comme assistante sociale. Les médias transformèrent l’affaire en feuilleton national, alimentant à la fois l’angoisse et la colère contre l’inefficacité perçue des autorités.
La police, sous pression politique et médiatique, multiplia les pistes erronées. Plusieurs suspects furent brièvement arrêtés avant d’être relâchés. La véritable rupture survint en 2006 lorsqu’une femme fut surprise quittant précipitamment un immeuble après le meurtre d’une octogénaire. Interpellée avec un stéthoscope et des vêtements suspects, Juana Barraza ne put plus masquer son implication.
Arrestation, procès et chute d’un mythe criminel
Lors de son arrestation, Barraza nia d’abord toute responsabilité, avant que les preuves matérielles et les témoignages ne s’accumulent. L’enquête permit de la relier à au moins 48 meurtres, même si certains spécialistes estiment que le nombre réel pourrait être plus élevé. Le procès mit en lumière un passé personnel marqué par la violence, l’abandon et une relation traumatique avec sa propre mère, souvent évoquée pour comprendre, sans excuser, sa haine obsessionnelle envers les femmes âgées.
En 2008, la justice mexicaine la condamna à 759 ans de prison, l’une des peines les plus lourdes jamais prononcées dans le pays. La sentence visait autant à punir qu’à symboliser la gravité exceptionnelle de ses crimes.
Ce que l’affaire Barraza dit de la société contemporaine
L’histoire de Juana Barraza dépasse largement le simple fait divers. Elle a forcé le Mexique à interroger la sécurité des personnes âgées, l’isolement social dans les grandes villes et les stéréotypes de genre en matière criminelle. Pendant trop longtemps, l’idée qu’une femme puisse être un tueur en série a aveuglé enquêteurs et citoyens.
« La Mataviejitas » a aussi révélé une autre réalité : dans une métropole où des milliers de personnes âgées vivent seules, la frontière entre assistance et prédation peut devenir dangereusement floue. Son cas reste aujourd’hui étudié dans les écoles de criminologie comme un exemple majeur de criminalité féminine organisée et de défaillance institutionnelle face aux crimes répétitifs.
La Rédaction
Sources et références :
•BBC News — Juana Barraza story (Latin America)

