La scène politique malienne s’enfonce dans une ère de rupture démocratique. À l’issue d’une concertation nationale de deux jours, organisée par les autorités militaires à Bamako et largement boycottée par les partis politiques, une proposition formelle a été faite : nommer le colonel Assimi Goïta président de la République pour un mandat de cinq ans renouvelable, sans passer par les urnes.
Selon le document final rendu public le mardi 29 avril, cette désignation sans élection s’accompagnerait de la dissolution de tous les partis politiques, doublée d’un durcissement des conditions pour en créer de nouveaux. Un virage autoritaire qui suscite l’indignation des opposants.
« Supprimer le multipartisme serait non seulement une erreur politique, mais une faute historique », a dénoncé Mohamed Salia Touré, ancien ministre et proche de l’imam Mahmoud Dicko. Il a averti : « Toute décision qui va à l’encontre de la démocratie n’est pas une voie de salut, mais un dangereux égarement. »
La junte au pouvoir, qui avait promis une transition vers un régime civil d’ici la fin 2024, justifie ce revirement par la nécessité de pacifier le pays avant d’envisager tout processus électoral. Les recommandations de la concertation, qui s’inscrivent dans le prolongement des assises nationales de décembre 2021, seront désormais soumises au général Goïta pour validation.
Une tendance régionale inquiétante
Le Mali n’est pas seul dans cette dynamique. Le Niger et le Burkina Faso, les deux autres membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont suivi des trajectoires similaires. En mars, des assises à Niamey ont également préconisé un maintien de la junte pour cinq ans, assorti de la dissolution des partis. À Ouagadougou, le pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré a suspendu toutes les activités des partis politiques et des organisations de la société civile.
Cette convergence autoritaire des trois régimes militaires du Sahel signe une nouvelle ère politique où la sécurité et la stabilité sont invoquées pour justifier la mise entre parenthèses prolongée de la démocratie.
La Rédaction

