Human Rights Watch dénonce une multiplication des arrestations et des atteintes aux droits des personnes LGBT au Sénégal. Dans un rapport publié le 12 octobre, l’organisation alerte particulièrement sur les conséquences sanitaires du durcissement législatif, qui pousserait certaines personnes à renoncer au dépistage et au traitement du VIH.
Au Sénégal, le renforcement de la législation réprimant les relations homosexuelles suscite de nouvelles inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch (HRW) accuse les autorités d’avoir instauré un climat de peur qui affecte la vie quotidienne des personnes LGBT, mais également leur accès aux soins et à la justice.
Dans son dernier rapport, fondé notamment sur 39 entretiens réalisés auprès de personnes concernées, de professionnels de santé, de juristes et de représentants institutionnels, l’organisation décrit une multiplication des interpellations depuis le début de l’année. Elle appelle Dakar à mettre fin aux pratiques qu’elle considère comme contraires aux garanties fondamentales reconnues par le droit sénégalais et international.
Une législation considérablement durcie
Le Parlement sénégalais a adopté en mars une réforme de l’article 319 du Code pénal, portant les peines encourues pour les relations sexuelles entre personnes du même sexe à cinq à dix ans d’emprisonnement, contre un maximum de cinq ans auparavant. Les amendes peuvent désormais atteindre 10 millions de FCFA.
Le texte sanctionne également certaines activités considérées comme une promotion ou un soutien à l’homosexualité, avec des peines pouvant atteindre sept ans de prison.
Cette réforme, largement soutenue par les députés, est présentée par les autorités comme une mesure destinée à préserver les valeurs sociales et culturelles du pays. Les organisations de défense des droits humains contestent toutefois sa portée et redoutent qu’elle ne facilite des poursuites abusives.
Selon la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), au moins 212 personnes ont été arrêtées entre février et juillet. Le HIV Justice Network avance un chiffre supérieur à 300 interpellations sur cette période. HRW précise ne pas avoir pu vérifier indépendamment le total, en l’absence de statistiques officielles consolidées.
Le VIH, une préoccupation sanitaire grandissante
L’une des principales alertes concerne les conséquences de ces opérations sur la prévention du VIH. Des professionnels interrogés par HRW rapportent que certaines personnes évitent désormais les centres de santé, craignant d’être identifiées, stigmatisées ou poursuivies.
L’organisation dénonce également des dépistages imposés à des personnes interpellées et la divulgation présumée d’informations médicales confidentielles.
Parmi les personnes arrêtées, 82 auraient été poursuivies pour transmission volontaire du VIH. Ces accusations ont ensuite été abandonnées par une juridiction en août, selon les informations recueillies par HRW.
Le ministère sénégalais de la Santé et le Conseil national de lutte contre le sida avaient pourtant rappelé la nécessité de préserver la confidentialité médicale et de maintenir l’accès aux traitements.
Une question de droits au-delà du débat sociétal
L’affaire soulève également des interrogations sur les garanties judiciaires. Des avocats interrogés par HRW affirment hésiter à défendre certaines personnes poursuivies, par crainte que leur intervention soit assimilée à un soutien à l’homosexualité.
L’organisation indique avoir sollicité les autorités sénégalaises fin septembre sans avoir reçu de réponse à la publication de son rapport.
Cette controverse intervient à quelques semaines des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar, prévus à partir du 31 octobre. HRW estime que les pratiques dénoncées soulèvent aussi des questions concernant les engagements internationaux du Sénégal en matière de droits humains.
Au-delà des positions opposées sur l’homosexualité, le débat porte désormais sur un enjeu essentiel : garantir l’application de la loi sans compromettre l’accès aux soins, la confidentialité médicale et les droits de la défense.
La Rédaction

