Alors que Washington cherche à empêcher une nouvelle guerre dans la Corne de l’Afrique, les déclarations du Premier ministre éthiopien durcissent le climat avec l’Érythrée. Le déploiement de troupes à la frontière et la crise du Tigré rapprochent deux anciens alliés d’une confrontation.
La diplomatie américaine tente de désamorcer une crise qui prend une tournure plus inquiétante. Le 19 octobre, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a averti l’Érythrée qu’elle s’exposerait à de graves conséquences si elle continuait, selon lui, à soutenir des groupes armés hostiles à Addis-Abeba. Cet avertissement intervient deux jours après les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, préoccupé par la concentration de forces militaires des deux côtés de la frontière.
Une frontière sous haute tension
Les combats au Tigré ont profondément modifié le rapport de forces. Les troupes fédérales éthiopiennes ont repris plusieurs villes, dont Mekele, avant de progresser vers la frontière érythréenne. Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir les rebelles et d’avoir pénétré sur son territoire. L’Érythrée rejette ces accusations et accuse en retour l’Éthiopie de préparer une guerre d’agression. Aucune vérification indépendante ne permet d’établir l’ensemble de ces affirmations.
Washington cherche à conserver des interlocuteurs
Le 17 octobre, Marco Rubio a prévenu qu’un face-à-face militaire pouvait entraîner d’autres pays dans le conflit. Il a confirmé avoir parlé à Abiy Ahmed quelques jours auparavant pour l’appeler à la retenue. Washington défend également la levée, en septembre, de certaines sanctions contre des responsables et institutions érythréens : l’objectif affiché est de rétablir des canaux de communication avec Asmara, longtemps difficiles, afin de faciliter la médiation. Cet assouplissement ne constitue pas un soutien américain aux opérations militaires.
La mer Rouge en toile de fond
Les tensions se nourrissent aussi des ambitions maritimes de l’Éthiopie, enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Asmara redoute toute remise en cause de sa souveraineté. Après leur rapprochement de 2018, les deux États avaient combattu ensemble au Tigré avant de se diviser à nouveau.
La priorité diplomatique est désormais d’empêcher qu’une crise intérieure éthiopienne ne dégénère en affrontement régional. L’installation d’une administration provisoire au Tigré ne suffira pas à garantir l’apaisement tant que les accusations et mouvements militaires persisteront.
La Rédaction

