Le Sénégal maintient son engagement en faveur d’une réforme profonde du Conseil de sécurité des Nations unies. À l’issue des discussions de Tripoli, les pays africains réaffirment une exigence : obtenir des sièges permanents disposant des mêmes prérogatives que ceux des grandes puissances, sans accepter une représentation au rabais.
L’Afrique ne veut plus être simplement consultée sur les grandes décisions internationales. Elle réclame une participation effective à leur élaboration, notamment au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, où aucun pays africain ne dispose actuellement d’un siège permanent. Une revendication que le Sénégal vient de défendre à nouveau lors de la 14e réunion ministérielle du Comité des Dix (C-10) de l’Union africaine, organisée à Tripoli les 10 et 11 octobre.
Conduite par le ministre des Affaires étrangères Cheikh Niang, la délégation sénégalaise s’est associée aux conclusions de cette rencontre, qui rejettent toute formule accordant à l’Afrique un statut permanent inférieur à celui des puissances déjà représentées.
Deux sièges permanents, sans différence de statut
La position africaine repose sur le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, adoptés en 2005. Elle prévoit l’attribution d’au moins deux sièges permanents à l’Afrique, assortis de toutes les prérogatives correspondantes, notamment le droit de veto tant que celui-ci existera.
Le continent demande également cinq sièges non permanents, contre trois actuellement. L’objectif est de corriger un déséquilibre institutionnel hérité de la création des Nations unies en 1945, lorsque la composition du Conseil reflétait un ordre international largement dominé par les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale.
À Tripoli, les représentants africains ont réaffirmé leur opposition à une réforme qui créerait plusieurs catégories de membres permanents. Pour Dakar, une représentation dépourvue des mêmes droits décisionnels ne répondrait pas véritablement aux revendications du continent.
Une bataille diplomatique encore loin d’être gagnée
Coordonné par la Sierra Leone, le C-10 rassemble dix pays africains chargés de défendre cette position commune dans les négociations internationales. La rencontre de Tripoli a débouché sur l’adoption du document de Tripoli 2026, destiné à renforcer la coordination des démarches diplomatiques.
La Libye a notamment proposé d’intensifier les consultations avec les membres permanents du Conseil de sécurité et les différents groupes engagés dans les négociations sur sa réforme.
L’obstacle demeure cependant considérable. Toute modification de la composition du Conseil nécessite un large accord entre les États membres des Nations unies, ainsi que la ratification des changements par les cinq puissances disposant actuellement du droit de veto.
Le Sénégal dans la dynamique africaine
Pour Cheikh Niang, la réunion a également été l’occasion de renforcer les échanges avec son homologue libyen, Taher Salam Al-Baour. Les deux responsables ont évoqué la coopération bilatérale et les perspectives de relance de leurs relations diplomatiques.
Mais l’enjeu principal reste continental. L’Afrique représente une part importante des dossiers examinés par le Conseil de sécurité, particulièrement en matière de conflits et d’opérations de paix, sans participer à ses décisions au titre des membres permanents.
Les conclusions de Tripoli confirment ainsi une volonté commune de peser davantage sur la gouvernance mondiale. Le défi consiste désormais à convertir cette unité diplomatique en résultats concrets, dans une réforme discutée depuis plusieurs décennies sans véritable percée institutionnelle.
La Rédaction

