Une récente étude publiée dans Nature Medicine met en lumière les effets positifs des médicaments amaigrissants pour traiter des pathologies variées, allant de la dépression à la schizophrénie. Bien qu’encourageants, ces traitements soulèvent des questions sur leurs risques et leur utilisation croissante.
Des bénéfices multiples au-delà de la perte de poids
Les médicaments amaigrissants, tels que Wegovy, Ozempic ou Zepbound, appartiennent à la classe des agonistes des récepteurs GLP-1, initialement conçus pour traiter l’obésité et le diabète de type 2. Selon le Dr Ziyad Al-Aly, directeur du Centre d’épidémiologie clinique d’un hôpital pour anciens combattants aux États-Unis, ces traitements dépassent leur fonction première.
“Ils ne se contentent pas de réduire l’obésité, facteur de risque majeur pour de nombreuses pathologies, mais atténuent également l’inflammation, ce qui améliore les signaux cérébraux, la circulation sanguine et le contrôle des impulsions”, explique-t-il.
Leurs applications s’élargissent : réduction des comportements addictifs (toxicomanie, alcoolisme), prise en charge des troubles psychotiques comme la schizophrénie, ou encore des maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer. Bien que l’étude rapporte une diminution de 12 % du risque de cette dernière, ces résultats restent modestes mais significatifs, étant donné l’absence de remède à ce jour.
Des risques sous surveillance
Cependant, l’enthousiasme autour de ces traitements est tempéré par leurs effets secondaires. Les patients peuvent présenter des troubles gastro-intestinaux, des épisodes d’hypotension, des calculs rénaux, des inflammations du pancréas ou encore de l’arthrite.
“Les médicaments de cette classe entraînent souvent une légère déshydratation, car les patients mangent et boivent moins, ce qui peut expliquer certains de ces effets indésirables”, précise le Dr Stephen O’Rahilly, codirecteur de l’Institut des sciences métaboliques de l’Université de Cambridge.
À cela s’ajoute un problème croissant : l’accès non régulé à ces traitements. En Europe, aux États-Unis et au Brésil, des versions contrefaites ont circulé, entraînant des hospitalisations et, dans certains cas, des décès.
Vers une redéfinition de l’obésité
Cette étude s’inscrit dans un débat scientifique plus large sur la manière de diagnostiquer et de traiter l’obésité. Des experts, comme le Dr Antonio Vidal-Puig de l’Université de Cambridge, appellent à dépasser l’indice de masse corporelle (IMC) pour se concentrer sur la répartition des graisses et leurs effets sur les organes.
“La composition corporelle et la localisation des graisses sont des indicateurs bien plus pertinents que l’IMC pour évaluer les risques et l’efficacité des traitements”, affirme-t-il.
Ces perspectives pourraient transformer la prise en charge des patients et redéfinir la façon dont la médecine considère cette maladie.
Une étude prometteuse mais incomplète
Malgré ses résultats prometteurs, l’étude repose sur des données observationnelles, ce qui limite sa portée. “Ces conclusions ne sont pas définitives, car elles ne s’appuient pas sur des essais cliniques randomisés”, explique le Dr Naveed Sattar, professeur de médecine cardiométabolique à l’Université de Glasgow.
De plus, l’échantillon de participants, composé principalement d’hommes blancs âgés, pourrait biaiser les conclusions. Le Dr Al-Aly reconnaît également que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour examiner l’impact des dosages et des composants sur des populations plus diversifiées.
Une nouvelle ère pour le traitement de l’obésité ?
Malgré ces réserves, cette étude marque un tournant dans la perception de l’obésité. “Nous devons cesser de considérer cette condition comme un simple manque de volonté personnelle. Il s’agit d’une maladie qui peut être efficacement traitée par des solutions médicales”, souligne le Dr Al-Aly.
Au-delà de la perte de poids, les bénéfices potentiels de ces traitements sur des pathologies variées laissent entrevoir une avancée majeure dans le domaine médical. Toutefois, ces promesses s’accompagnent d’une responsabilité accrue pour garantir leur sécurité et leur accessibilité encadrée.
La Rédaction

