L’organisation onusienne s’inquiète d’un retour massif vers un pays en crise, malgré les condamnations judiciaires de certains exilés.
Alors que l’Allemagne vient de renvoyer de force 81 ressortissants afghans condamnés par la justice, les Nations unies tirent la sonnette d’alarme. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme dénonce une décision contraire aux engagements internationaux, dans un contexte où l’Afghanistan reste plongé dans une crise humanitaire et sécuritaire majeure.
« Les renvois forcés doivent cesser immédiatement, en particulier pour les personnes susceptibles d’être exposées à des traitements inhumains ou à des persécutions à leur retour », a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissaire Volker Türk, lors d’un point de presse à Genève.
L’Allemagne ciblée après une expulsion collective
Berlin a récemment organisé l’expulsion de 81 ressortissants afghans, tous condamnés dans des affaires pénales. Mais pour les Nations unies, cette justification ne peut faire oublier le principe fondamental de non-refoulement, qui interdit de renvoyer quiconque vers un pays où sa vie ou sa liberté sont menacées.
« Le droit international est clair : même les personnes condamnées doivent être protégées contre un retour dans un environnement potentiellement mortel », a insisté Shamdasani.
Un pays où la survie devient une lutte quotidienne
Depuis la reprise du pouvoir par les talibans en 2021, l’Afghanistan s’est enfoncé dans une instabilité profonde. Plus de 70 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, selon les estimations onusiennes. Outre les menaces sécuritaires, les conditions de vie se sont dramatiquement détériorées.
Dans ce contexte, les expulsions sont perçues comme une mesure aveugle. L’ONU appelle les États à garantir que tout retour se fasse de manière volontaire, sécurisée et digne, conformément aux normes internationales.
Plus d’un demi-million de retours forcés en quelques semaines
Entre l’Iran et le Pakistan, près de deux millions d’Afghans ont déjà regagné leur pays au cours des sept derniers mois. L’ONU estime à environ 500 000 le nombre de retours contraints en provenance d’Iran depuis le mois de juin.
Face à cette tendance préoccupante, le Haut-Commissariat exhorte les gouvernements à ne pas se laisser emporter par des logiques sécuritaires au détriment du respect des droits humains. Car pour nombre d’exilés, un retour en Afghanistan équivaut à une condamnation sans jugement.
La Rédaction

