Doliprane, le médicament préféré des Français, change de propriétaire. La cession officielle d’Opella, filiale de Sanofi, au fonds américain CD&R marque une inflexion majeure dans l’industrie pharmaceutique française, suscitant interrogations et crispations.
C’est désormais acté : Opella, la filiale de Sanofi qui fabrique notamment le Doliprane, est passée sous contrôle américain. La transaction, annoncée en octobre 2024 et finalisée le 30 avril 2025, scelle le transfert de 50 % des parts à Clayton, Dubilier & Rice (CD&R), un puissant fonds d’investissement américain. Sanofi conserve 48,2 % du capital, tandis que la Banque publique d’investissement française (BPI) détient 1,8 %, à l’initiative du gouvernement français, désireux de garder un droit de regard stratégique.
Une vente à 10 milliards d’euros et une tempête politique
Pour Sanofi, cette cession s’inscrit dans une volonté affirmée de se recentrer sur les traitements innovants et les vaccins. Le géant pharmaceutique a empoché au passage 10 milliards d’euros en numéraire. Mais la nouvelle n’a pas été bien accueillie par tous : des parlementaires de tous bords et les syndicats ont dénoncé une perte de souveraineté sanitaire. Plusieurs jours de grève ont été organisés à l’automne 2024 par les salariés d’Opella, inquiets pour leur avenir.
Le paracétamol, produit roi en France
Avec 300 millions de boîtes vendues en 2024, le Doliprane est de loin le médicament le plus prescrit en France. Aucun autre produit ne dépasse la barre des 100 millions. Produit phare à base de paracétamol, il incarne une forme d’« exception française » dans la consommation pharmaceutique. Mais cette identité pourrait se diluer : bien qu’Opella reste basée en France et possède 13 sites de production dans le monde, dont plusieurs en France, les décisions stratégiques seront désormais codétenues par un acteur américain.
Un équilibre précaire entre attractivité économique et souveraineté sanitaire
L’entrée de BPI France au capital vise à ménager un équilibre : rassurer les marchés tout en préservant, du moins symboliquement, l’intérêt national. Ce montage hybride, bien qu’inhabituel, reflète l’ambivalence d’un gouvernement tiraillé entre soutien à l’investissement étranger et protection des industries sensibles.
Reste à savoir si ce transfert de contrôle affectera la production, les prix, ou encore l’emploi dans les années à venir. Une chose est sûre : avec cette transaction, une part du patrimoine médical français vient de franchir l’Atlantique.
La Rédaction

