Une semaine après l’effondrement tragique du toit de la discothèque Jet Set à Saint-Domingue, la République dominicaine reste en état de choc. Mais au chagrin des familles s’ajoute désormais une colère sourde : lenteurs administratives, manque d’informations, absence de reconnaissance des victimes les plus invisibles.
Un bilan dramatique
Le drame s’est produit dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 avril, alors qu’un concert de merengue battait son plein. Le toit de l’établissement s’est brutalement effondré, piégeant des centaines de personnes. Le bilan, désormais officiel, fait état de 221 morts, plus de 200 blessés, dont une vingtaine toujours hospitalisés dans un état critique.
Sur les lieux, les opérations de secours ont duré 53 heures. Mais pour les familles endeuillées, le calvaire ne fait que commencer.
L’attente insupportable des proches
Devant l’institut médico-légal de la capitale, les proches des victimes continuent d’attendre. Une tente a été installée pour permettre aux autorités de recevoir les familles, une par une. Les documents s’échangent, les noms s’affichent sur des écrans : en vert, les identifications confirmées ; en noir, les corps prêts à être remis, mais encore non réclamés.
Carlos Severino a perdu ses trois enfants dans l’effondrement. Leur disparition, comme celle de dizaines d’autres jeunes, laisse une plaie béante. À ses côtés, d’autres parents témoignent d’un processus long, bureaucratique, parfois inhumain.
Des victimes oubliées
Rosa Eridania Reyes, elle, réclame justice pour ceux dont personne ne parle : les employés.
« Tout le monde sait qu’un agent de sécurité ne reste pas immobile. Le propriétaire de la discothèque doit savoir qu’il était là. Mais aucun nom, aucun hommage. Ce sont aussi des mères et des pères de famille. »
Sa dénonciation pointe du doigt une douleur collective : les célébrités sont mises en avant, mais les travailleurs, eux, sont invisibilisés.
Des familles face à la désorganisation
Yerald López, dont trois proches sont morts, attend toujours la restitution de deux corps. Il a dû louer une chambre réfrigérée pour préserver celui déjà remis.
« Nous aimerions enterrer nos morts ensemble. Mais à cause de leur négligence, ce n’est toujours pas possible. »
Le désarroi est partagé par de nombreuses familles, contraintes d’affronter en silence une administration débordée, parfois désorganisée.
Une enquête technique attendue, des responsabilités floues
Les autorités ont ouvert une enquête technique. Des failles structurelles sont évoquées, mais rien n’a encore été confirmé. Le gouvernement appelle à la patience, une attente insupportable pour ceux qui veulent comprendre pourquoi la fête s’est transformée en tragédie.
À Saint-Domingue, le deuil collectif se teinte d’amertume. Si les autorités promettent la transparence, les familles, elles, attendent surtout des réponses, des gestes de respect, et une justice à la hauteur de la catastrophe.
La Rédaction

