À la Galleria Borghese de Rome, l’exposition « Metamorphoses — Ovid and the Arts » s’impose comme l’un des temps forts de l’année culturelle 2026. Pensée en dialogue avec le Rijksmuseum d’Amsterdam, elle explore la puissance visuelle du mythe ovidien à travers un parcours où les chefs-d’œuvre anciens et modernes rejouent sans cesse la transformation des corps, des formes et des récits.
Une exposition-monde au cœur de la Rome baroque
À Rome, l’ouverture de l’exposition « Metamorphoses — Ovid and the Arts » inscrit la Galleria Borghese dans une dynamique curatoriale ambitieuse, à la croisée de la recherche académique et de la mise en scène muséale. Conçue initialement en collaboration avec le Rijksmuseum d’Amsterdam, où elle s’est achevée fin mai, l’exposition connaît une reconfiguration profonde dans son passage en Italie.
Le projet romain opère un recentrage net : là où la version néerlandaise associait art ancien et création contemporaine, la présentation italienne se concentre sur les maîtres classiques et modernes. Ce déplacement éditorial n’est pas anodin : il réinscrit Ovide dans une généalogie artistique européenne, directement reliée à la tradition visuelle italienne.

La Galleria Borghese, un lieu déjà habité par le mythe
L’exposition trouve dans la Villa Borghese un écrin qui dépasse la simple fonction muséale. Le lieu lui-même est traversé par une mémoire mythologique ancienne, où la scénographie architecturale et décorative dialogue déjà avec les récits des Métamorphoses.
Cette dimension fait de l’exposition un retour presque circulaire : les œuvres ne viennent pas illustrer Ovide depuis l’extérieur, elles semblent répondre à une structure symbolique déjà inscrite dans l’espace. Le musée devient ainsi un dispositif narratif total, où architecture, sculpture et peinture s’imbriquent dans une même logique de transformation continue.
Ovide comme matrice visuelle : un parcours en chapitres mythologiques

Le parcours de l’exposition s’organise autour de grands ensembles thématiques, construits comme autant de variations visuelles sur le texte fondateur d’Ovide. Chaque section met en tension les imaginaires antiques et leur réinterprétation par les artistes européens.
Le premier ensemble, consacré au passage du Chaos à la Création, met en dialogue des gravures de Goltzius avec des sculptures de Rodin et Brâncuși, dans une réflexion sur l’origine de la forme et de la matière.
Le mythe de Proserpine occupe une place centrale, structuré autour du spectaculaire Rapt de Proserpine de Gian Lorenzo Bernini, pièce maîtresse de la Galleria Borghese, qui cristallise la tension entre violence, désir et transformation.
Une section entière est consacrée à Arachné, figure du tissage et de la création artistique, où la punition divine devient métaphore de la puissance subversive de l’art.
Les épisodes des amours de Jupiter prolongent cette exploration des métamorphoses du corps, à travers des œuvres majeures de Titien, du Corrège ou encore de Michel-Ange, où la transformation devient stratégie de désir et de pouvoir.
Enfin, le parcours s’achève sur Narcisse et les figures de l’auto-réflexion, notamment chez Caravage et Poussin, où la métamorphose devient crise identitaire et dissolution du sujet.

Salle IV de la Galerie Borghèse à Rome, l’une des pièces les plus richement décorées du musée.
Des chefs-d’œuvre en circulation internationale
L’exposition s’appuie sur un ensemble de prêts internationaux d’exception, confirmant son statut d’événement muséal majeur. Parmi eux figure notamment Pygmalion et Galatée d’Auguste Rodin, prêté par le Metropolitan Museum of Art de New York, qui matérialise la frontière instable entre matière inerte et corps vivant.
Cette circulation des œuvres souligne un autre enjeu central du projet : la mobilité des chefs-d’œuvre comme forme contemporaine de récit global, où les institutions muséales coopèrent à une relecture transnationale des grands mythes européens.
Une expérience muséale sous contrainte et haute fréquentation
Face à l’ampleur de l’intérêt suscité, la visite de l’exposition est soumise à une réservation obligatoire et à des créneaux strictement régulés. La Galleria Borghese maintient ainsi son modèle de fréquentation limitée, qui participe paradoxalement à la rareté et à la densité de l’expérience esthétique.
La Rédaction

