À Nantes, le 18 avril 2026, un “Mât de la fraternité et de la mémoire” a été inauguré dans le parc des anciens chantiers navals. L’initiative réunit des descendants d’esclaves et d’armateurs négriers dans une démarche de réconciliation symbolique autour de la mémoire de la traite atlantique.
Un monument symbolique au cœur d’un ancien port négrier
Installé sur les rives de la Loire, dans un espace hautement chargé sur le plan historique, le mât s’élève à 18 mètres au cœur du parc des chantiers. Nantes fut l’un des principaux ports français impliqués dans la traite transatlantique.
Sur son socle figure un extrait du premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme, rappelant les principes d’égalité et de fraternité qui structurent la démarche.
Une initiative portée par des héritiers de deux histoires opposées
Le projet est porté par Dieudonné Boutrin, descendant de personnes réduites en esclavage, et Pierre Guillon de Princé, issu d’une famille d’armateurs négriers.
Tous deux défendent une démarche de dialogue mémoriel fondée sur la reconnaissance du passé et la construction d’un espace de réconciliation symbolique dans le présent.
Une mise en scène publique de la mémoire de l’esclavage
Ce type d’installation s’inscrit dans un mouvement plus large de matérialisation de la mémoire coloniale dans l’espace public. Les villes portuaires, en particulier, cherchent à rendre visibles des pans longtemps occultés de leur histoire.
Le mât devient ici un objet patrimonial actif, inscrit dans le paysage urbain comme support de récit historique.
Entre réparation symbolique et lecture critique de l’histoire
Si l’initiative est présentée comme un geste de fraternité, elle soulève des interrogations sur la portée réelle des dispositifs de réconciliation mémorielle.
La confrontation entre descendants d’acteurs historiques antagonistes pose une question centrale : peut-on transformer une histoire de domination en récit partagé sans en neutraliser la dimension conflictuelle ?
Nantes et la construction d’une mémoire publique
La ville de Nantes multiplie depuis plusieurs années les dispositifs consacrés à la mémoire de la traite négrière. Musées, parcours urbains et installations artistiques participent à une relecture progressive de son passé portuaire.
Le “Mât de la fraternité et de la mémoire” s’inscrit dans cette dynamique en ajoutant une dimension participative et symbolique au travail mémoriel déjà engagé.
Un geste symbolique au cœur d’un débat encore ouvert
L’inauguration de ce mât illustre les tensions contemporaines autour de la mémoire de l’esclavage : entre volonté d’apaisement, reconnaissance historique et exigence de complexité.
Entre transmission et mise en récit du passé, ce dispositif interroge la manière dont les sociétés contemporaines construisent une mémoire commune à partir d’histoires profondément conflictuelles.
La Rédaction

