Planter beaucoup ne suffit pas à reconstruire durablement un couvert forestier. Encore faut-il que les graines germent, que les jeunes plants résistent et que les arbres atteignent leur maturité. Alors que le Togo ambitionne de planter un milliard d’arbres d’ici à 2030, une étape moins visible prend ainsi une importance stratégique : sélectionner les arbres capables de fournir les meilleures semences.
En septembre 2026, l’Office de développement et d’exploitation des forêts (ODEF) a identifié et géolocalisé plusieurs arbres semenciers à travers le pays. Colatier géant, fraké, Acacia auriculiformis, bouleau d’Afrique, karité, acajou du Sénégal ou encore cèdre des Antilles figurent parmi les essences concernées.
L’opération consiste à repérer des porte-graines présentant les caractéristiques recherchées, enregistrer leur position géographique et déterminer les périodes optimales de récolte. Derrière ce travail technique se dessine une évolution importante : préparer les campagnes de reboisement à partir de la qualité du matériel végétal plutôt que de raisonner uniquement en nombre de plants disponibles.
La forêt commence avant la pépinière
La provenance d’une graine n’est pas un détail. Elle peut influencer sa germination, la vigueur du plant et sa capacité à se développer dans son futur environnement. Cette sélection devient encore plus importante lorsque les espèces concernées sont difficiles à multiplier.
Le bouleau d’Afrique (Anogeissus leiocarpa) illustre cette difficulté. Exploité pour son bois, utilisé comme combustible et dans certains usages médicinaux, il contribue également à la protection des sols et fournit nourriture ou habitat à différentes espèces animales. Pourtant, ses graines présentent une faible capacité germinative.
Le karité (Vitellaria paradoxa) impose d’autres contraintes. Ses graines sont relativement difficiles à conserver et leur germination peut être irrégulière. Surtout, l’arbre demande du temps avant de produire ses noix, dont est extrait un beurre important pour l’alimentation comme pour la cosmétique. Une mauvaise sélection au départ peut donc compromettre un investissement dont les résultats ne seront visibles que plusieurs années plus tard.
Pour l’acajou du Sénégal (Khaya senegalensis), fortement recherché pour son bois, les caractéristiques des semences jouent également sur la qualité des plants. La sélection devient alors un outil de sécurisation du reboisement.
Derrière le milliard, le taux de survie
L’objectif d’un milliard d’arbres possède une force mobilisatrice évidente. Mais un chiffre de plantation ne renseigne pas, à lui seul, sur la reconstitution effective des écosystèmes.
Entre un plant mis en terre et un arbre adulte interviennent la sécheresse, les feux, le pâturage, les maladies, la concurrence végétale ou encore l’entretien des parcelles. La qualité initiale du plant ne supprime pas ces risques, mais elle peut améliorer ses chances de franchir les premières années.
C’est pourquoi la performance du programme togolais devra également être appréciée à partir du taux de survie, de la diversité des essences, de leur adaptation aux différents milieux et du suivi des parcelles après plantation.
Cette logique évite aussi de privilégier systématiquement les espèces les plus faciles à produire en pépinière. Restaurer des paysages forestiers suppose de conserver une diversité biologique et de tenir compte des fonctions économiques, sociales et écologiques propres aux espèces locales.
De bons arbres ne suffisent pas encore
Identifier les meilleurs porte-graines constitue néanmoins le début d’une chaîne plus longue. Il faut ensuite récolter au bon moment, conserver les graines dans des conditions adaptées, assurer leur traçabilité, maîtriser leur germination et produire des plants suffisamment robustes avant leur transfert sur le terrain.
La question devient donc celle de la structuration d’une véritable filière semencière forestière. Les compétences techniques, les infrastructures de conservation, les pépinières et les mécanismes de suivi détermineront la capacité à transformer la cartographie réalisée par l’ODEF en résultats durables.
À l’approche de 2030, le milliard d’arbres restera un indicateur spectaculaire. Mais la réussite forestière du Togo se mesurera ailleurs : dans la proportion des plants qui auront survécu, grandi et commencé à former les paysages forestiers que les campagnes de plantation cherchent précisément à restaurer.
La Rédaction
Sources : Mongabay ; Office de développement et d’exploitation des forêts (ODEF).

