L’émissaire spécial américain pour la région des Grands Lacs, Massad Boulos, a franchi un cap. Le 17 avril, à Kinshasa, il a sommé le Rwanda de « cesser tout soutien militaire au M23 » et de retirer « toutes ses troupes du territoire de la RDC ». Une prise de position rare et directe qui rompt avec l’ambiguïté diplomatique américaine observée jusque-là.
Un tournant dans la posture américaine
La semaine précédente encore, à Kigali, Massad Boulos évitait soigneusement de s’engager sur le sujet : « Nous ne sommes pas impliqués dans ces détails concernant le M23 », éludait-il. Mais à Kinshasa, son ton a changé : « La position des États-Unis est que le M23 dépose les armes. » Washington, a-t-il promis, utilisera « tous les moyens économiques et diplomatiques pour promouvoir la paix », sans en préciser les contours.
« Le conflit dure depuis trop longtemps, plus de trente ans. Il est temps d’y mettre fin », a martelé l’émissaire américain, appelant à une désescalade immédiate.
Le Rwanda dans le viseur
Depuis des années, Kigali nie toute présence militaire sur le sol congolais. Pourtant, selon l’ONU, 4 000 soldats rwandais appuieraient le M23, groupe rebelle qui continue de conquérir de nouveaux territoires riches en ressources, notamment Walikale. Kigali se justifie par la menace persistante des FDLR, une milice fondée par des responsables du génocide de 1994, toujours active à l’est de la RDC.
Massad Boulos a confirmé avoir abordé cette question avec Paul Kagame, reconnaissant qu’il s’agit d’un « élément clé » de l’équation sécuritaire rwandaise. Mais pour la communauté internationale, cette justification ne suffit plus.
Médiations en échec, sursaut qatari et silence africain
Les tentatives de paix sous médiation angolaise se sont enlisées. C’est finalement le Qatar qui, à la surprise générale, a réuni à Doha les présidents Tshisekedi et Kagame autour de l’émir Tamim ben Hamad Al-Thani. Malgré l’annonce d’un possible cessez-le-feu, les rebelles du M23 s’emparaient dès le lendemain d’une nouvelle localité stratégique.
L’Union africaine, longtemps restée silencieuse, a été accusée d’inaction. En avril, elle a désigné Faure Gnassingbé comme nouveau médiateur. Une initiative tardive et attendue au tournant, alors que les critiques se multiplient sur son absence de fermeté vis-à-vis du Rwanda.
La Rédaction

