Une étude scientifique estime que des milliers de tonnes d’uranium naturel pourraient avoir quitté la République démocratique du Congo mêlées à des exportations d’hydroxyde de cobalt, principalement à destination de la Chine. Kinshasa conteste les estimations mais lance une contre-expertise, ouvrant un nouveau front dans la surveillance d’une filière stratégique pour l’industrie mondiale des batteries.
Le cobalt congolais fait face à une question inattendue : celle de l’uranium qui accompagne naturellement certains minerais extraits de la Copperbelt. Une étude publiée le 30 juillet dans Nature Communications estime qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient pu être exportées de RDC entre 2000 et 2024 au sein de cargaisons d’hydroxyde de cobalt.
Les chercheurs Ryan Manzuk et Sébastien Philippe ne prétendent pas avoir directement mesuré l’ensemble des cargaisons concernées. Leur estimation repose sur des données minières, commerciales et industrielles permettant de reconstituer la présence probable d’uranium dans cette chaîne d’approvisionnement. C’est précisément sur cette méthodologie que Kinshasa concentre ses réserves.
Kinshasa conteste les chiffres, pas le problème
Le gouvernement congolais affirme que ses propres analyses de produits miniers destinés à l’exportation ne confirment pas les tendances avancées par l’étude. Il souligne notamment l’absence d’échantillonnages directs suffisamment représentatifs des cargaisons pour valider une estimation aussi large.
Mais la réaction officielle ne se limite pas à un démenti. Les autorités ont annoncé une enquête technique sur la présence d’uranium dans l’hydroxyde de cobalt, la création d’un groupe de travail spécialisé et le recours à des laboratoires internationaux. Kinshasa envisage également de solliciter l’Agence internationale de l’énergie atomique et de renforcer la détection radiologique des chargements miniers.
Cette réponse traduit une réalité connue du secteur : dans certaines zones cuprifères et cobaltifères du sud-est congolais, l’uranium est naturellement associé aux minerais exploités. Plusieurs opérateurs ont déjà été confrontés par le passé à des teneurs suffisamment élevées pour nécessiter des traitements spécifiques avant commercialisation.
Une question de traçabilité stratégique
L’enjeu dépasse la seule sûreté radiologique. La RDC occupe une place centrale dans l’approvisionnement mondial en cobalt, métal essentiel à plusieurs technologies de batteries. Une contamination insuffisamment contrôlée pose donc des questions de santé des travailleurs, de transport international et de suivi des sous-produits radioactifs.
La destination des cargaisons ajoute une dimension géopolitique au dossier. Une grande partie du cobalt congolais est transformée en Chine, au cœur des chaînes mondiales de raffinage et de fabrication de batteries. L’étude ne démontre toutefois pas que l’uranium exporté aurait été détourné ou utilisé à des fins nucléaires : elle soulève avant tout la question de sa destination finale et de sa comptabilisation.
La controverse place ainsi Kinshasa devant un enjeu de crédibilité. Dans une industrie où la traçabilité porte déjà sur les conditions sociales, environnementales et commerciales d’extraction, le contrôle radiologique pourrait devenir un nouveau standard. La contre-expertise annoncée devra déterminer si l’étude surestime le phénomène ou si, au contraire, les mécanismes actuels de surveillance laissent échapper une partie significative d’un sous-produit particulièrement sensible.
La Rédaction
Source : Ryan A. Manzuk et Sébastien Philippe, Nature Communications, « Uranium in cobalt-hydroxide exports from the Democratic Republic of the Congo », 30 juillet 2026 ; réaction du gouvernement congolais publiée en août 2026.

