La République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda ont récemment renouvelé leur coopération militaire contre les rebelles des ADF. Mais cette alliance sécuritaire cache des calculs géopolitiques plus larges : Kampala entend peser dans la reconfiguration régionale, au-delà des seules frontières.
En République démocratique du Congo, les forces armées congolaises (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF) ont récemment acté la poursuite de l’opération conjointe « Shujaa », visant officiellement à combattre les Allied Democratic Forces (ADF), un groupe rebelle ougandais affilié à l’État islamique et actif dans l’Est congolais.
Cette nouvelle étape de la coopération a été scellée à Kinshasa, lors d’une rencontre entre le chef d’état-major ougandais, le général Muhoozi Kainerugaba — fils du président Yoweri Museveni — et son homologue congolais, le général Jules Banza Mwilambwe. Ce déplacement, longtemps souhaité par Kampala, dépasse largement la seule logique sécuritaire.
Loin de l’approche conflictuelle du Rwanda, l’Ouganda privilégie une alliance formelle avec Kinshasa. Officiellement, il s’agit de traquer les rebelles ADF et de sécuriser les zones frontalières du Nord-Kivu et de l’Ituri. Mais selon plusieurs sources proches de la présidence congolaise, Kampala agit aussi pour défendre ses intérêts économiques et logistiques.
En toile de fond : les infrastructures stratégiques en cours de construction, notamment les routes Mpondwe–Kasindi–Beni et Bunagana–Goma. Ces chantiers, menés par la société ougandaise Dott Services, sont cruciaux pour relier l’Ouganda au marché congolais, l’un des plus vastes et dynamiques de la région. L’armée ougandaise protège donc, par cette présence accrue, des investissements civils clés.
Au-delà de l’économie, l’enjeu est aussi diplomatique. L’accord de paix en discussion entre Kinshasa et Kigali — sous médiation américaine — prévoit un renforcement des échanges commerciaux régionaux. L’Ouganda, qui contrôle déjà plusieurs routes d’exportation de produits congolais comme l’or et le café (souvent issus de filières parallèles), veut affirmer son rôle d’acteur incontournable.
Ainsi, sous couvert d’une guerre contre les ADF, Kampala avance ses pions. L’opération Shujaa devient un outil d’influence régionale : elle sécurise, elle relie, mais surtout elle positionne l’Ouganda au cœur de la redéfinition des rapports de force dans les Grands Lacs.
La Rédaction

