Le slogan « Visit Rwanda », bien en vue sur les maillots du Paris Saint-Germain, restera visible pour plusieurs saisons encore. Ce partenariat entre le club parisien et le gouvernement rwandais, initié en 2019 pour promouvoir le tourisme, vient d’être renouvelé jusqu’en 2028. Une stratégie de soft power qui offre une visibilité mondiale à Kigali… au moment même où son rôle militaire dans l’est de la République démocratique du Congo est de plus en plus dénoncé.
Un contrat prolongé malgré les appels au boycott
Officiellement, le PSG met en avant la dimension culturelle et touristique de ce partenariat. Le Rwanda Development Board (RDB), l’organe public chargé de la promotion économique du pays, salue une coopération « transformante », estimant que « des millions de supporters à travers le monde ont découvert le Rwanda » depuis le début de l’accord. Le logo continuera de s’afficher, notamment lors de la prochaine Coupe du monde des clubs aux États-Unis, et sur les équipements des académies du club en Amérique du Nord.
Mais cette alliance dérange. Depuis plusieurs mois, la RDC accuse Kigali de soutenir activement la rébellion du M23, qui a conquis Goma et Bukavu. Face à cette situation, Kinshasa avait demandé à plusieurs clubs européens, dont le PSG, Arsenal et le Bayern Munich, de mettre fin à leurs liens avec le Rwanda. Des requêtes restées lettre morte.
Un partenariat en contradiction avec les valeurs du sport ?
La protestation a trouvé un écho chez certains supporters du PSG. Une pétition dénonçant un « partenariat de la honte » a déjà rassemblé près de 75 000 signatures. Pour ses initiateurs, ce contrat est en contradiction avec les valeurs de paix, de respect des droits humains et de solidarité que le club prétend incarner.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait elle-même dénoncé des partenariats « entachés de sang », interpellant directement les clubs concernés sur leur responsabilité morale dans un contexte de guerre régionale.
Soft power ou écran de fumée ?
Côté rwandais, le message est clair : ce partenariat contribue à « ouvrir le Rwanda au monde ». Mais pour de nombreux observateurs, cette vitrine sportive sert avant tout à détourner l’attention des réalités sur le terrain. Alors que les projecteurs du football mondial mettent en avant une image moderne et dynamique du pays, les violences se poursuivent dans l’est du Congo, faisant des centaines de milliers de déplacés.
En refusant de commenter les critiques, le PSG alimente le débat sur les dérives commerciales du sport de haut niveau. Loin d’être neutre, le choix de son sponsor principal fait désormais écho à une fracture géopolitique majeure, où le terrain du football devient, à son tour, un champ de bataille diplomatique.
La Rédaction

