À sept mois du scrutin présidentiel, Laurent Gbagbo ne se résigne plus à son statut de marginalisé de la vie politique ivoirienne. L’ex-chef d’État veut revenir au cœur du jeu. Depuis Dabou, devant une foule acquise à sa cause, il a dénoncé avec vigueur son exclusion de la liste électorale, affirmant qu’il ne négociera pas un droit qu’il considère inaliénable. « Nous allons aller aux élections et nous allons gagner les élections », a-t-il lancé, plaçant sa candidature au centre du débat national.
Une exclusion politique transformée en symbole
Radié de la liste électorale pour une condamnation nationale consécutive à la crise post-électorale de 2010-2011, Gbagbo reste éligible au regard du droit international après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale. Pourtant, seule une ordonnance d’amnistie présidentielle pourrait lever l’interdiction nationale. Mais Gbagbo refuse tout compromis : « Je ne vais pas aller négocier pour être sur une liste électorale. Je suis Ivoirien, et j’ai le droit de voter et d’être élu », a-t-il insisté. Pour lui, cette situation est le reflet d’une démocratie verrouillée.
L’opposition en éveil mais toujours fragmentée
Laurent Gbagbo n’est pas seul à remettre en cause le processus électoral. Le PDCI-RDA, désormais dirigé par Tidjane Thiam, a suspendu sa participation à la Commission Électorale Indépendante (CEI), une décision saluée par le PPA-CI. Mais pour Gbagbo, ces gestes restent insuffisants : seule une refonte en profondeur de la CEI permettrait d’organiser des élections crédibles. Il appelle donc à un combat politique sans équivoque, dans les urnes comme sur le terrain institutionnel, rejetant toute tentation de boycott.
Le silence stratégique d’Alassane Ouattara
En face, le président Alassane Ouattara reste muet. À 83 ans, l’actuel chef de l’État n’a pas encore annoncé ses intentions. Un éventuel quatrième mandat, bien que juridiquement possible, reste source de tensions. Ce silence présidentiel nourrit les spéculations, dans un climat politique déjà fébrile. Pendant ce temps, les camps affûtent leur stratégie pour une élection qui s’annonce tendue, où les règles du jeu elles-mêmes sont de plus en plus contestées.
La Côte d’Ivoire s’avance donc vers une échéance électorale à haute intensité, où la question de l’inclusion, de la légitimité des institutions et de la transparence du processus pourraient bien déterminer l’avenir du pays.
La Rédaction

