L’homme qui avait annulé une élection présidentielle veut aujourd’hui reconquérir le cœur du Kenya… par les urnes.
Dans les rues calmes d’un quartier discret de Nairobi, rien ne laisse deviner qu’un prétendant à la présidence du Kenya réside derrière ce portail sobre. Pourtant, c’est là que David Maraga, ancien président de la Cour suprême, prépare tranquillement sa métamorphose. Jadis garant de la Constitution, il veut désormais incarner l’alternative morale et politique que réclame une jeunesse en colère.
L’enfant de Bosose qui a défié l’État
Né en 1951 dans le village de Bosose, dans le comté de Nyamira, David Maraga grandit dans une fratrie de sept enfants, élevé par une mère seule. Sa première paire de chaussures ? Il la porte à 17 ans, en route vers Maranda High School. Un voyage à Kisumu, terminé dans une cellule pour avoir traversé une voie ferrée interdite, change le cours de sa vie : il décide alors de devenir avocat. “Je voulais comprendre mes droits. Ne plus être impuissant.”
Vingt-cinq ans de barreau plus tard, il rejoint la magistrature, jusqu’à la plus haute fonction judiciaire du pays. En 2017, son nom entre dans l’histoire : c’est lui qui préside la Cour suprême qui invalide l’élection présidentielle d’Uhuru Kenyatta, une première en Afrique. Un coup de tonnerre dans une région peu habituée aux contre-pouvoirs institutionnels.
Une justice guidée par la foi
Sabbatarien convaincu, Maraga n’a jamais caché que sa rigueur judiciaire se nourrissait de sa foi chrétienne. À ses détracteurs, qui le taxent de moralisme rigide ou de naïveté politique, il répond avec sérénité : “Peut-être qu’ils ne comprennent pas ce que sont les vraies valeurs morales.”
Quand on l’accuse d’avoir été inflexible, il rétorque : “Ils voulaient m’influencer. Mais dire le contraire de ce que je pensais aurait été malhonnête. Et l’Écriture condamne l’hypocrisie.”
Il incarne dès lors une figure d’intégrité rare dans le paysage politique kenyan, admiré par la jeunesse, décrié par les élites.
De la rue à la campagne présidentielle
Depuis sa retraite en 2021, Maraga s’était tenu à l’écart de la vie publique. Jusqu’à ce 7 juillet 2024. Ce jour-là, il marche aux côtés des familles victimes de violences policières lors des manifestations Saba Saba. Il est gazé, tombe, se blesse à la main. Son escorte lui est retirée discrètement. Un signal clair : sa neutralité dérange. Il persiste.
C’est la tuerie qui a suivi les manifestations contre les hausses d’impôts – près de 60 morts – qui déclenche sa décision. “J’ai dit : cela ne peut pas arriver dans une démocratie. J’ai compris qu’il me fallait une plateforme pour agir.”
Aujourd’hui, il l’affirme : il sera candidat à la présidentielle de 2027. Face à un régime qu’il accuse d’avoir perdu toute boussole morale, il appelle directement le président Ruto à démissionner.
Une campagne hors des sentiers battus
Pas de partis politiques derrière lui. Pas de parrains. Seulement la promesse d’un financement citoyen : “Pourquoi seuls les riches devraient-ils pouvoir se présenter ?”
Réaliste, il sait que la route est semée d’embûches dans un pays où argent, ethnies et réseaux dominent la vie politique. Mais il croit à l’effet Maraga : une personnalité droite, en rupture, capable de rallier une génération épuisée par les scandales et la brutalité du pouvoir.
Et quand on lui demande ce qu’il souhaite laisser comme souvenir, il répond simplement :
“J’aimerais que l’histoire dise : voilà un homme qui a essayé d’être honnête et de servir les Kényans avec dignité.”
La Rédaction

