À Yaoundé, le silence est souvent plus éloquent que les discours. À quelques mois de la présidentielle d’octobre 2025, une « task force » discrète mais active travaille, selon plusieurs sources concordantes, sur une révision de la Constitution. Une rumeur bien connue des observateurs du régime camerounais, mais qui, cette fois, semble s’appuyer sur des avancées techniques concrètes. La question n’est plus tant de savoir si Paul Biya veut rester, mais comment il entend rester maître du jeu.
Depuis la suppression de la limitation du nombre de mandats en 2008, Paul Biya, 92 ans, n’a aucun obstacle juridique à une nouvelle candidature. Il pourrait donc, en toute légalité, briguer un nouveau mandat sans toucher une ligne de la Constitution. Et pourtant, une réforme se prépare. Pourquoi modifier un texte qui lui permet déjà tout ? C’est là que se dessine une logique plus fine, où la réforme constitutionnelle n’est pas un préalable à la survie politique, mais un outil de pérennisation du système.
L’enjeu ne serait donc pas de prolonger son pouvoir par nécessité, mais d’adapter l’architecture institutionnelle à la longévité exceptionnelle du président, et surtout à l’incertitude croissante liée à l’après-Biya. Dans ce cadre, plusieurs options sont évoquées en coulisses : création d’un poste de vice-président, redéfinition des compétences du Premier ministre, ajustement du calendrier électoral, ou encore transformation du mode de scrutin présidentiel. Le but ? Verrouiller l’ensemble du dispositif avant qu’une vacance imprévue n’ouvre une période de turbulences.
La montée en puissance de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, alimente les spéculations. Bras droit discret mais central, il incarne l’idée d’une succession sans rupture, sans élection imprévisible, et surtout sans remise en cause de l’architecture présidentielle. Dans cette hypothèse, la réforme servirait moins à Paul Biya lui-même qu’à son clan, soucieux de garder la main sur un système qu’il ne contrôle déjà qu’à travers une équation fragile entre fidélités tribales, intérêts économiques et neutralisation de l’opposition.
Cette dernière, justement, observe sans boussole. Les formations opposées au RDPC, affaiblies et divisées, peinent à articuler une réponse claire. Le silence présidentiel, combiné au brouillard institutionnel, rend toute stratégie électorale incertaine. Et c’est sans doute là la plus grande force du régime Biya : transformer l’indécision en tactique, et l’usure du temps en pouvoir absolu.
Rien n’indique pour l’instant que la réforme aboutira avant octobre. Rien non plus n’écarte l’idée qu’elle ne soit qu’un leurre, un outil de diversion dans un jeu de dupes parfaitement maîtrisé depuis plus de quarante ans. Mais une chose est sûre : au Cameroun, le pouvoir ne s’arrête pas avec la Constitution. Il s’en nourrit, la transforme, ou l’écarte selon les besoins du moment.
La Rédaction

