Lorsqu’une maladie circule sans tenir compte des frontières, la réponse sanitaire ne peut plus être uniquement nationale. Confrontés à une forte transmission saisonnière du paludisme dans leurs zones frontalières, le Togo et le Burkina Faso renforcent leur coopération afin de mieux protéger les jeunes enfants, les premières victimes de cette maladie en Afrique de l’Ouest.
Le paludisme demeure l’un des principaux défis de santé publique dans la sous-région. Chaque saison des pluies favorise la prolifération des moustiques et accroît le risque de contamination, notamment dans les localités frontalières où les déplacements quotidiens des populations rendent indispensable une coordination entre les pays voisins.
C’est dans cette logique que le Togo et le Burkina Faso ont engagé une campagne transfrontalière de chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS). Menée simultanément de part et d’autre de la frontière, l’opération cible les enfants âgés de 3 à 59 mois, la catégorie la plus exposée aux formes graves de la maladie.
Une prévention coordonnée de part et d’autre de la frontière
La campagne, organisée du 23 au 26 juillet, a été lancée à Yargatenga, au Burkina Faso, en présence des ministres de la Santé des deux pays, Jean-Marie Tessi et Jean Claude Kargougou.
Les deux responsables ont souligné que la lutte contre le paludisme exige désormais une coopération étroite entre les États partageant des espaces frontaliers. « Le moustique ne connaît ni borne frontalière ni poste de contrôle », a résumé le ministre togolais de la Santé, rappelant que la prévention doit suivre la même logique de mobilité que la maladie elle-même.
À l’issue de la cérémonie, les deux délégations se sont rendues à Cinkassé, où le traitement préventif a été administré symboliquement à deux enfants, marquant le lancement de la campagne sur le territoire togolais.
Une stratégie qui protège les plus jeunes
Recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis 2012, la chimio-prévention du paludisme saisonnier consiste à administrer, pendant la période de forte transmission, un traitement préventif associant la Sulfadoxine-Pyriméthamine et l’Amodiaquine (SPAQ) aux enfants de 3 à 59 mois.
Selon l’OMS, cette stratégie peut réduire jusqu’à 75 % les cas graves de paludisme ainsi que les décès liés à la maladie dans les zones où sa transmission est fortement saisonnière.
Une coopération qui s’inscrit dans une stratégie plus large
Pour le Togo, cette campagne complète les autres actions déjà engagées pour réduire le poids du paludisme, qui demeure l’une des premières causes de consultation, d’hospitalisation et de décès chez les enfants de moins de cinq ans.
Le pays poursuit notamment la distribution gratuite de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action et a introduit le vaccin contre le paludisme dans le Programme élargi de vaccination (PEV), renforçant ainsi les moyens de prévention mis à la disposition des familles.
Au-delà de cette campagne, l’initiative illustre une évolution des politiques de santé publique dans la sous-région. Face à des maladies qui circulent au rythme des populations, les réponses gagnent en efficacité lorsqu’elles sont pensées à l’échelle des territoires frontaliers plutôt que dans les seules limites administratives.
La coopération engagée entre le Togo et le Burkina Faso traduit cette conviction : protéger durablement les populations suppose désormais de faire de la frontière un espace de coordination sanitaire plutôt qu’une ligne de séparation.
La Rédaction

