Alors que le monde tente d’apprendre de la crise du Covid-19, un accord inédit sur la prévention des pandémies vient d’émerger à Genève. Conclu dans la discrétion et sans les États-Unis, ce texte marque un tournant dans la diplomatie sanitaire mondiale.
Après plus de trois ans de tractations, 193 pays ont scellé un accord mondial sur la préparation aux pandémies. L’annonce, survenue dans la nuit du 15 au 16 avril, a mis fin à des mois de tensions et de désaccords profonds, en particulier sur le partage des vaccins, l’accès aux technologies médicales et les responsabilités des pays du Nord vis-à-vis du Sud. Le texte sera soumis à l’Assemblée mondiale de la santé en mai pour son adoption formelle. Mais déjà, il pose les jalons d’un nouveau cadre de coopération internationale sans les États-Unis, qui se sont retirés du processus en février.
Une fracture Nord-Sud encore vive
Le cœur des négociations a tourné autour d’un mot : équité. Lors de la pandémie de Covid-19, les pays les plus pauvres ont été relégués à l’arrière de la file pour les vaccins, tandis que les grandes puissances accumulaient des doses. L’Afrique du Sud et plusieurs États du Sud global ont donc exigé des garanties : un accès plus juste aux technologies, des transferts de savoir-faire, et la levée partielle des brevets en cas d’urgence.
Face à eux, des pays comme la Suisse, les membres de l’Union européenne ou le Royaume-Uni ont résisté. L’argument : préserver l’innovation et la propriété intellectuelle. Finalement, un compromis a émergé : les transferts se feront sur une base volontaire, « selon des conditions mutuellement convenues ». Rien d’obligatoire, mais une avancée symbolique.
Une OMS renforcée, mais sous contrainte
Le texte accorde à l’Organisation mondiale de la santé de nouveaux pouvoirs. En cas de menace, son directeur général pourra déclarer une “urgence pandémique” et déclencher une coopération automatique entre États. Un système mondial de partage des agents pathogènes est aussi prévu, pour accélérer la recherche et la fabrication de vaccins.
Mais ces ambitions se heurtent à une réalité budgétaire : l’OMS est affaiblie. Faute de moyens, elle a récemment dû réduire ses dépenses de 20 %. L’accord ne résout pas ce problème, mais il légitime à nouveau le rôle central de l’organisation dans la gestion des crises sanitaires mondiales.
L’absence remarquée des États-Unis
Alors que la majorité des pays membres ont participé aux discussions jusqu’au bout, Washington a claqué la porte en février, dénonçant des mécanismes jugés contraires à sa souveraineté. Ce retrait a laissé le champ libre à d’autres puissances pour façonner l’accord. La Chine, l’Union africaine et plusieurs pays émergents ont ainsi joué un rôle déterminant dans le compromis final.
C’est un signe fort : le multilatéralisme sanitaire se réinvente, en l’absence du pays qui l’avait autrefois façonné. Et cette absence pourrait bien marquer un réalignement des équilibres internationaux.
Un texte encore fragile
Le projet d’accord prévoit notamment que 10 % des vaccins et traitements développés en situation de pandémie soient donnés à l’OMS, et 10 % vendus à prix réduit. Ces clauses, bien que non contraignantes, posent une base commune pour mieux gérer les crises futures.
Mais tout n’est pas encore joué. Pour entrer en vigueur, l’accord devra être ratifié par 60 États. Une annexe technique, sur les modalités concrètes de partage des pathogènes, reste à finaliser. Ce processus pourrait s’étaler jusqu’en 2026.
Un signal politique mondial
Loin des projecteurs, ce texte reflète une dynamique nouvelle : un monde qui tente de bâtir une réponse collective aux crises sanitaires, sans attendre les grandes puissances traditionnelles. Il ne s’agit pas encore d’une révolution, mais peut-être d’un glissement discret vers un nouvel ordre sanitaire mondial, moins centré sur les intérêts du Nord, et plus attentif à ceux du Sud.
La Rédaction

