Alors que Pretoria affirme pouvoir maintenir ses efforts de lutte contre le VIH, la fin des financements américains suscite de vives inquiétudes. La société civile alerte sur un risque de résurgence de l’épidémie.
Depuis janvier 2025, une page se tourne discrètement dans la lutte mondiale contre le VIH. L’Agence américaine pour le développement international (Usaid) et le Plan d’urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le sida (Pepfar) ont cessé de financer plusieurs programmes en Afrique du Sud, premier pays touché par l’épidémie. Le gouvernement sud-africain assure que cette décision n’entravera pas la continuité de son dispositif, largement financé par des ressources nationales. Mais sur le terrain, le doute s’installe.
Une transition brutale pour les acteurs de terrain
L’Afrique du Sud finance aujourd’hui plus de 75 % de son programme national contre le VIH, l’un des plus ambitieux au monde. Près de 5,9 millions de personnes y suivent un traitement antirétroviral. Pourtant, le départ des partenaires américains a fragilisé l’écosystème de la prévention et de la prise en charge, notamment au niveau communautaire.
L’Anova Health Institute, l’une des principales ONG autrefois soutenues par le Pepfar, évoque un bouleversement majeur. « C’est dévastateur, mais nous essayons tous d’aller de l’avant », témoigne le docteur Kate Rees, spécialiste de santé publique. L’organisation facilitait l’accès aux soins pour près d’un million de patients. Sans les financements extérieurs, certaines cliniques partenaires ont dû réduire leurs activités.
Des signaux d’alerte sur le terrain
Malgré les assurances du ministère de la santé, plusieurs signaux inquiétants émergent. Des interruptions de service sont signalées dans certaines zones rurales. Les campagnes de sensibilisation ciblées, notamment auprès des jeunes, des femmes et des populations à haut risque, se raréfient. Des ruptures temporaires de stock en antirétroviraux ont même été rapportées, bien que rapidement résolues.
En coulisse, des responsables sanitaires redoutent une hausse progressive des nouvelles infections. Dans les zones urbaines les plus denses, où la précarité alimente la transmission du virus, la moindre baisse de vigilance pourrait faire flamber les chiffres.
Un modèle encore fragile malgré son autonomie
Certes, l’Afrique du Sud a construit une architecture de santé robuste, avec des ressources humaines locales et un système d’approvisionnement national. Mais cette autonomie reste relative : de nombreux relais communautaires, formations de soignants et actions de terrain dépendaient encore, en 2024, des fonds américains.
Le retrait du Pepfar n’est donc pas qu’un simple réalignement stratégique de Washington. Il marque une rupture concrète pour des millions de Sud-Africains. La société civile, en première ligne, peine à compenser ce vide. Et sans mobilisation massive, certains redoutent un retour en arrière après deux décennies de progrès.
Vigilance obligatoire
Face à la plus grande épidémie de VIH au monde, la résilience sud-africaine est indéniable. Mais elle ne peut tout compenser. Dans une lutte où chaque avancée est précieuse, la fin de l’aide américaine pourrait coûter bien plus qu’elle ne semble. Si la réponse gouvernementale se veut rassurante, l’histoire du VIH enseigne qu’aucune victoire n’est acquise, surtout lorsque le soutien international se dérobe.
La Rédaction

