C’est un chapitre douloureux de l’histoire raciale américaine qui vient de connaître une forme de réparation symbolique. Cent quarante ans après avoir été envoyés en Allemagne pour des expériences pseudo-scientifiques fondées sur des théories racistes, les restes de 19 Afro-Américains ont été rapatriés à la Nouvelle-Orléans. Une cérémonie empreinte de dignité a marqué leur retour.
Retour à la dignité
Dans les années 1880, le docteur Henry D. Schmidt, médecin de la Nouvelle-Orléans, expédie 19 crânes d’Afro-Américains à l’université de Leipzig, en Allemagne. Ces restes sont destinés à des recherches en phrénologie, discipline désormais discréditée qui prétendait lire la personnalité et les capacités d’un individu à travers la forme de son crâne. Cette science raciale servait alors de justification à la hiérarchisation des races.
Un long silence brisé
En 2023, des chercheurs de Leipzig, confrontés à l’histoire de leur institution, initient le processus de restitution. L’historienne Eva Baham, de l’université Dillard à La Nouvelle-Orléans, coordonne le projet aux États-Unis. Selon ses recherches, les 19 personnes mortes auraient succombé à des causes naturelles, mais leur sort n’en est pas moins tragique : privées de sépulture, utilisées comme objets d’étude, déshumanisées jusqu’après leur mort.
Une cérémonie symbolique
Les crânes ont été rapatriés sous forme de boîtes en bois, symbolisant à la fois leur individualité retrouvée et leur humanité restituée. Une cérémonie funéraire, à la fois jazz et africaine, s’est tenue dans la chapelle de l’université Dillard. Le Kumbuka African Drum and Dance Collective a accompagné les rites, ancrant le moment dans une mémoire collective afro-américaine profondément blessée mais résiliente.
Des blessures ouvertes
« Ce retour est une démonstration de notre propre moralité », affirme Eva Baham. Pour elle, cette restitution est une étape, mais non une fin. Des recherches sont en cours pour retrouver d’éventuels descendants. La possibilité que ces personnes aient été d’anciens esclaves ou des affranchis souligne la brutalité persistante du racisme institutionnalisé de l’époque, qui ne s’arrêtait pas à la mort.
Ces 19 crânes n’étaient pas de simples objets d’étude : ils étaient les restes de femmes et d’hommes marqués par l’histoire de l’esclavage, de la ségrégation et de l’exploitation scientifique raciste. Leur retour à la Nouvelle-Orléans est un geste fort, mais il souligne aussi combien de réparations restent encore à faire dans la mémoire afro-américaine.
La Rédaction

