Au Nigeria, près d’un habitant sur deux est un enfant ou un adolescent. En visite dans l’État de Sokoto, la directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, a défendu une idée simple mais décisive : l’avenir du pays dépendra de sa capacité à protéger, soigner, nourrir et former cette immense génération.
Sokoto – Dans le nord-ouest du Nigeria, les vulnérabilités se superposent. La pauvreté, l’insécurité alimentaire, les déplacements de population et les violences fragilisent directement les familles, tandis que l’accès aux soins, à l’eau potable et à l’éducation reste inégal.
C’est dans ce contexte que Catherine Russell a visité plusieurs initiatives soutenues par l’UNICEF et ses partenaires locaux. L’objectif est de renforcer la prise en charge des mères et des enfants, en particulier dans les domaines de la nutrition, de la santé, de l’éducation et de la protection.
« Nous devons veiller à ce que les enfants soient protégés dans ces conflits, que leur accès aux soins soit garanti, que leur alimentation soit assurée, que leur éducation soit préservée », a-t-elle déclaré.
Une urgence sociale, mais aussi un enjeu de puissance
Le Nigeria compte près de 105 millions d’enfants et d’adolescents, soit environ la moitié de sa population. Cette réalité démographique représente autant une promesse qu’un risque.
Bien accompagnée, cette jeunesse peut devenir un moteur de croissance, d’innovation et de stabilité. Livrée à la malnutrition, au décrochage scolaire et au chômage, elle pourrait au contraire accentuer les fractures sociales déjà profondes du pays.
Catherine Russell a ainsi insisté sur la nécessité de considérer les enfants non comme de simples bénéficiaires de l’aide, mais comme un investissement stratégique.
« Le monde doit s’unir et affirmer que les enfants constituent une ressource incroyable, que nous devons investir en eux et les protéger si nous voulons avoir l’espoir d’un avenir décent », a-t-elle souligné.
Le numérique comme outil de rattrapage
Parmi les initiatives mises en avant figure le programme Digital Village, destiné à rapprocher les jeunes des outils numériques et à leur ouvrir de nouvelles perspectives.
À 19 ans, Zainab Bello n’était pas scolarisée lorsqu’elle a rejoint le dispositif. Elle y a appris à utiliser une tablette et à valoriser ses compétences professionnelles sur les réseaux sociaux.
Son parcours illustre le rôle que peuvent jouer les formations courtes et pratiques dans des territoires où de nombreux jeunes restent éloignés de l’école et de l’emploi. Le numérique devient alors un instrument de rattrapage, mais aussi d’autonomie.
Miser sur les réponses locales
La visite de la directrice générale de l’UNICEF a également mis en lumière l’importance des acteurs de terrain. Agents de santé, enseignants, associations, collectivités et familles restent indispensables pour identifier les besoins et assurer la continuité des programmes.
Dans un pays aussi vaste que le Nigeria, les solutions durables ne peuvent être uniquement conçues depuis les capitales ou les sièges internationaux. Elles doivent s’appuyer sur les communautés et renforcer leur capacité d’action.
À Sokoto, le message de l’UNICEF dépasse donc l’urgence humanitaire. Il rappelle que la première richesse du Nigeria n’est pas seulement son poids économique ou démographique, mais la génération qui grandit aujourd’hui. Son avenir dépendra de ce que le pays choisira d’en faire.
La Rédaction

