Le français, jusqu’ici langue officielle, est désormais relégué au rang de « langue de travail », marquant un tournant dans la politique linguistique du pays.
Dans une réforme linguistique majeure, le Niger a érigé le haoussa en langue nationale, un geste symbolique de renouveau identitaire et souverainiste. Le 26 mars, le général Abdourahamane Tiani, à la tête du régime militaire depuis le coup d’État de juillet 2023, a promulgué la « Charte de la refondation ». Ce texte, qui fait office de nouvelle Constitution, redéfinit la place des langues dans le pays en attribuant au haoussa un statut officiel.
L’article 12 de la Charte, publié au Journal officiel du 31 mars, annonce cette nouvelle organisation linguistique : le haoussa devient la langue nationale, tandis que le français et l’anglais sont relégués aux fonctions administratives et techniques. Cette décision marque une rupture nette avec l’héritage colonial français et illustre une volonté de s’affranchir de l’influence extérieure, notamment de la France.
Le haoussa, langue la plus parlée du pays, est utilisé par une majorité de la population, notamment dans les régions de Zinder, Maradi et Tahoua. Ce choix n’est pas anodin : la langue haoussa, largement parlée également dans les États fédérés du nord du Nigeria, fait office de lien transfrontalier avec les pays voisins.
Le français, pour sa part, ne perd pas complètement son utilité. Il conserve son rôle dans les relations administratives et diplomatiques, mais il perd sa prééminence, un signe clair de l’évolution politique du pays. Le français est ainsi relégué dans un rôle fonctionnel, à une époque où la question de la souveraineté est au cœur des préoccupations du régime militaire nigérien.
Cette réforme linguistique fait écho à une série de décisions prises par les régimes militaires du Sahel. En mars, le Niger a quitté l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), un geste que ses voisins du Mali et du Burkina Faso ont également suivi. Ensemble, ces trois pays ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), une nouvelle coalition qui se veut affranchie de la tutelle française et de l’influence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), accusée de servir les intérêts de l’ancienne puissance coloniale.
La révision du statut du français s’accompagne de ruptures diplomatiques notables. La France a vu ses relations militaires et diplomatiques coupées avec ces trois pays, tandis que des rues et monuments portant des noms français ont été rebaptisés dans les capitales. Ces décisions, sur fond de lutte contre les groupes jihadistes dans la région, reflètent un contexte de défiance envers les anciennes puissances coloniales et un désir affirmé de retrouver une pleine indépendance.
La « Charte de la refondation » accorde par ailleurs aux autorités militaires une transition de cinq ans, renouvelable selon l’évolution de la situation sécuritaire. Cette période transitoire pourrait encore renforcer le positionnement du pays dans un Sahel marqué par l’instabilité et les tensions géopolitiques croissantes.
La Rédaction

