Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le Mexique se retrouve en première ligne face aux nouvelles politiques migratoires américaines. Alors que le président des États-Unis promet des expulsions massives, Mexico tente de se préparer à cet afflux de migrants renvoyés de l’autre côté de la frontière.
Un Mexique contraint de jouer les gardes-frontières
Le gouvernement mexicain a réaffirmé, vendredi 24 janvier, sa volonté de coopérer pour accueillir ses citoyens expulsés des États-Unis. « Le Mexique est prêt à recevoir ses ressortissants », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Déjà chargé de freiner les flux migratoires en provenance d’Amérique centrale, le pays doit désormais gérer une nouvelle vague de migrants, y compris ceux à qui Washington refuse l’asile.
Donald Trump, qui a décrété « une urgence nationale » à la frontière, ambitionne d’expulser jusqu’à un million de sans-papiers par an. Avec plus de 11 millions de migrants en situation irrégulière aux États-Unis, les premiers renvois ont déjà commencé. Selon la Maison-Blanche, quatre avions transportant des expulsés ont atterri au Mexique ces derniers jours, bien que Mexico n’ait pas confirmé ces arrivées.
Le programme « Mexico t’embrasse » : un accueil sous tension
Face à l’afflux imminent, le gouvernement mexicain a lancé le programme « Mexico te abraza » (Mexico t’embrasse), destiné à organiser l’accueil des expulsés dans six États frontaliers. Neuf centres d’hébergement doivent être construits, notamment dans l’État de Chihuahua, pour absorber ce flot de migrants.
À Ciudad Juárez, une ville limitrophe du Texas, les autorités municipales installent un refuge temporaire à El Punto, tout près du mur frontalier. Une tente capable d’accueillir 2 500 personnes y est en cours d’installation. Les expulsés y seront orientés vers l’un des 30 refuges déjà existants dans la région.
Toutefois, Mexico refuse d’endosser le rôle de “pays tampon” imposé par Washington. Si la présidente Claudia Sheinbaum a affirmé que le Mexique pourrait temporairement héberger des ressortissants d’autres pays, notamment d’Amérique centrale et du Sud, elle insiste sur la nécessité d’un rapatriement volontaire pour ces populations.
Des expulsions qui exacerbent la crise humanitaire
Le retour en vigueur du programme « Quédate en México » (Reste au Mexique), mis en place sous Trump entre 2019 et 2021, ravive les inquiétudes. Déjà à l’époque, les centres d’accueil mexicains avaient été submergés, contraignant des milliers de demandeurs d’asile à vivre dans des conditions précaires en attendant l’issue de leur dossier.
Mais au-delà de la saturation des infrastructures, c’est la sécurité des migrants qui inquiète. Edith Olivares, directrice d’Amnesty International Mexique, alerte sur la vulnérabilité de ces populations. « Le Mexique n’est pas un territoire sûr, ni pour ses habitants, ni pour ceux qui le traversent », prévient-elle.
Les réseaux criminels profitent du chaos pour exploiter ces migrants livrés à eux-mêmes. Nombre d’entre eux, notamment les ressortissants haïtiens et vénézuéliens, tombent entre les mains des cartels, qui les forcent à travailler clandestinement, parfois dans le trafic de drogue.
« Lorsque des politiques comme celles de Trump sont appliquées, elles mettent en péril la vie de milliers de personnes », déplore Edith Olivares. Les disparitions forcées de migrants se multiplient, et les familles, souvent restées en Amérique centrale, n’apprennent la disparition de leurs proches qu’après des mois, voire des années.
Une crise qui s’annonce longue
Coincé entre la pression américaine et ses propres défis internes, le Mexique tente de limiter l’impact des expulsions massives tout en évitant d’être relégué au simple rôle de sas migratoire. Mais avec un système d’accueil déjà saturé et des cartels prêts à tirer profit du désespoir des migrants, la crise ne fait que commencer.
La Rédaction

