Qui raconte l’Afrique, avec quels outils et depuis quel regard ? À Beijing, le Togo a placé cette question au centre de sa vision de la coopération médiatique avec la Chine. Au-delà des équipements et de la formation, Lomé veut renforcer la capacité des professionnels africains à produire leurs propres contenus et à porter hors du continent une représentation moins exclusivement dominée par les crises.
La ministre de la Communication, Yawa Ahofa Kouigan, a défendu cette orientation en marge du 7e Forum sur la coopération des médias sino-africains, organisé du 19 au 21 août à Beijing.
Lors d’un entretien accordé à China Global Television Network (CGTN), elle a notamment appelé à montrer davantage une « Afrique qui agit ». Une formule qui renvoie à un problème ancien : la difficulté pour le continent à maîtriser suffisamment la production et la circulation internationale des récits qui le concernent.
Produire plutôt que seulement être raconté
L’enjeu n’est pas de substituer une communication positive au traitement des difficultés africaines. Les crises font partie de l’actualité. Mais lorsqu’elles occupent l’essentiel de l’espace médiatique international, elles peuvent produire une représentation incomplète de sociétés traversées parallèlement par des transformations économiques, technologiques et culturelles.
Jeunesse, entrepreneuriat, innovation ou initiatives portées par les femmes figurent ainsi parmi les réalités que Lomé souhaite voir davantage documentées.
La coproduction envisagée avec des médias chinois prend ici une dimension particulière. Elle pourrait permettre aux professionnels togolais de participer davantage à la conception des contenus, plutôt que de rester essentiellement sujets ou sources de productions conçues ailleurs.
La technologie derrière l’indépendance éditoriale
Cette ambition suppose toutefois de disposer des compétences et des outils nécessaires. Le Togo souhaite donc orienter une partie de sa coopération avec la Chine vers la modernisation de son environnement médiatique et la formation des journalistes, techniciens et professionnels du numérique.
La ministre a également mis en avant les technologies open source. Pour les médias africains, leur intérêt peut dépasser la seule réduction des coûts : des solutions plus ouvertes peuvent être adaptées aux langues locales, aux usages nationaux et à des besoins que les grandes plateformes internationales couvrent imparfaitement.
C’est à cet endroit que technologie et souveraineté médiatique se rejoignent. Pouvoir raconter son territoire suppose aussi de maîtriser davantage les outils permettant de produire, traiter et diffuser l’information.
Une coopération qui devra préserver les regards
La Chine apparaît ainsi comme un partenaire possible pour développer équipements, compétences et coproductions. Mais l’étape décisive se situera dans la capacité des médias togolais à convertir ces partenariats en compétences durables et en autonomie éditoriale.
Car diversifier le récit africain ne consiste pas simplement à remplacer une représentation extérieure par une autre. L’enjeu est de multiplier les regards, d’accroître la capacité de production locale et de permettre aux rédactions africaines de participer davantage à la circulation internationale de leurs propres histoires.
C’est probablement là que se jouera la portée réelle de la coopération défendue à Beijing : moins dans le nombre de contenus produits avec la Chine que dans la capacité acquise, demain, par les médias togolais à raconter eux-mêmes le pays et le continent.
La Rédaction

