L’Assemblée nationale mauritanienne a adopté une nouvelle loi sur les partis politiques, modifiant l’ordonnance de juillet 1991 qui régissait jusque-là leur fonctionnement. Ce texte, qui renforce le pouvoir du ministère de l’Intérieur et durcit les conditions de création des partis, suscite une vive contestation de l’opposition, qui y voit un recul démocratique.
Un contrôle accru sur les partis politiques
La réforme impose une représentativité régionale plus large pour la création d’un parti et confère au gouvernement le pouvoir de suspendre ou dissoudre des formations politiques. Une centralisation du contrôle que dénonce l’opposition, estimant que ces nouvelles dispositions limitent la liberté d’organisation et affaiblissent le pluralisme politique.
Maitre El Id Mohamed MBareck, leader de la coalition de l’Alliance des Forces du Peuple (AFP) et candidat malheureux à la présidentielle de juin 2024, fustige une adoption “unilatérale” de la loi. “Pourquoi précipiter ce texte alors que le gouvernement prône le dialogue ? Ce sujet aurait dû faire l’objet d’une concertation plus large”, déplore-t-il.
Une loi votée sans consultation de l’opposition
Selon l’opposition, le gouvernement a utilisé sa majorité à l’Assemblée pour imposer le texte sans tenir compte des propositions formulées par les partis adverses. “Toutes nos suggestions ont été écartées, alors que celles de la majorité ont été intégrées. J’appelle le président et le Premier ministre à faire preuve d’ouverture pour instaurer un véritable dialogue”, insiste El Id Mohamed MBareck.
Samory ould Bey, syndicaliste, critique également une loi qui “complexifie la création et la gestion des partis politiques, pourtant essentiels pour exprimer les préoccupations des citoyens”.
Des précédents inquiétants
Le député Balla Touré s’inquiète de l’emprise du ministère de l’Intérieur sur la vie politique, rappelant que sept partis dissous par l’administration avaient obtenu gain de cause devant la justice, sans que le ministère ne se conforme aux décisions de la Cour suprême. “En réalité, le ministère de l’Intérieur agit au-dessus des lois, et cette réforme ne fera qu’accentuer cette dérive”, déplore-t-il.
Face à cette nouvelle législation, l’opposition et la société civile alertent sur un risque de restriction des libertés politiques en Mauritanie et appellent à une révision du texte dans un cadre plus inclusif.
La Rédaction

