Face à la désertification croissante, des solutions locales émergent pour sauver les derniers bastions verts du sud marocain
Dans les étendues arides du sud marocain, les oasis, jadis sources de vie et d’abondance, luttent pour leur survie. Le village de Skoura, niché entre montagnes et sable, incarne aujourd’hui cette bataille silencieuse menée par les agriculteurs contre l’avancée du désert et la pénurie d’eau.
« Chaque année, nous devons creuser plus profondément pour atteindre l’eau. L’irrigation goutte-à-goutte est devenue notre seule bouée de sauvetage », confie Khaled Boubekri, agriculteur à Skoura. Là où l’eau était autrefois disponible en surface ou à faible profondeur, le sol désormais sec oblige les paysans à revoir entièrement leurs méthodes.
Ces îlots de verdure, que sont les oasis, sont bien plus que de simples enclaves agricoles : selon la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), elles constituent une barrière écologique précieuse, aujourd’hui en danger. Les précipitations dans ces régions dépassent à peine les 200 mm annuels, mais elles accueillent tout de même près de 2,2 millions de Marocains, soit près de 6 % de la population nationale.
Les impacts du climat sont visibles : les oliviers dépérissent, les sols s’appauvrissent, et la migration des jeunes vers les villes s’intensifie. Ahmad Amrabou, de la coopérative pétrolière Hassania, tire la sonnette d’alarme : « La sécheresse pousse les gens à partir. Notre mission est de former les agriculteurs et de proposer des solutions durables pour enrayer cet exode. »
Parmi ces solutions : la limitation des cultures gourmandes en eau, comme la pastèque, et le recours à l’énergie solaire pour l’irrigation et la distribution de l’eau. Les cultures traditionnelles – dattiers, oliviers, céréales et luzerne – sont désormais privilégiées pour leur meilleure résilience face à la sécheresse.
À l’échelle régionale, des efforts institutionnels émergent. Le chercheur en environnement Mustapha Benramel évoque des projets majeurs : la création de nouveaux points d’eau et l’alimentation des villages via des barrages comme celui d’Agdez ; la formation du lac Iriki, alimenté par de récentes précipitations, qui pourrait soutenir certaines oasis ; et un programme de réhabilitation des oasis, incluant reboisement, contrôle de l’expansion urbaine et sensibilisation écologique.
Le Maroc, conscient de la fragilité de son patrimoine oasien, tente ainsi de conjuguer action locale, innovation agricole et politiques publiques. Mais le temps presse. Si les efforts se multiplient, la question reste entière : ces initiatives suffiront-elles à enrayer le déclin des oasis avant qu’elles ne deviennent définitivement des mirages ?
La Rédaction

