Face à la reprise des attaques houthies contre l’Arabie saoudite, Mohammed VI va au-delà d’un message classique de solidarité. Le souverain marocain considère désormais explicitement la sécurité du royaume saoudien et des États du Golfe comme indissociable de celle du Maroc, donnant une portée stratégique au soutien de Rabat à Riyad.
« Toute agression contre l’Arabie saoudite est une agression contre le Maroc. » Dans deux messages adressés samedi au roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud et au prince héritier Mohammed ben Salmane, Mohammed VI a choisi une formule qui dépasse la condamnation diplomatique habituelle.
Le souverain marocain affirme que la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite, mais également celles des autres pays du Conseil de coopération du Golfe, constituent une partie intégrante de la sécurité du Maroc. Une manière de replacer la relation entre Rabat et Riyad dans une logique stratégique plus large, au moment où les tensions militaires autour du Yémen connaissent une nouvelle escalade.
Rabat élargit son périmètre de sécurité
Cette position intervient alors que les attaques houthies contre le territoire saoudien se sont intensifiées. Samedi, la coalition dirigée par Riyad a annoncé avoir intercepté deux drones lancés en direction de la région de Riyad ainsi que des missiles balistiques visant Khamis Mushait, dans le sud-ouest du pays. Les Houthis avaient auparavant annoncé un blocus maritime de l’Arabie saoudite, sur fond de nouvelle aggravation de la guerre au Yémen.
Mohammed VI inscrit également son message dans la défense des voies maritimes, dont la sécurité concerne directement les échanges internationaux et les approvisionnements énergétiques. Cette dimension élargit la portée de la déclaration marocaine : l’instabilité autour de la péninsule Arabique n’est plus présentée uniquement comme une crise régionale, mais comme une menace susceptible d’affecter des intérêts économiques et stratégiques beaucoup plus éloignés.
Le Maroc rejoint ainsi plusieurs États ayant récemment exprimé leur soutien au droit de Riyad à défendre son territoire. Le 22 septembre à New York, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie et le Pakistan avaient notamment insisté sur la sécurité du royaume et la liberté de navigation tout en appelant à une solution diplomatique au conflit.
La question sensible des lieux saints
Le message royal accorde une place particulière à La Mecque et Médine. Rabat condamne ce qu’il présente comme des tentatives houthies visant les lieux saints de l’islam et considère leur sécurité comme une question dépassant les frontières saoudiennes.
Cette affirmation s’inscrit dans une controverse récente. Le 16 septembre, la coalition saoudienne avait annoncé avoir intercepté un drone houthi se dirigeant vers La Mecque avant son entrée dans l’espace aérien restreint de la ville. Les Houthis ont contesté cette version, affirmant ne pas viser La Mecque ni les autres lieux saints et déclarant concentrer leurs opérations sur des installations pétrolières et militaires saoudiennes.
La distinction est importante dans un conflit où les récits des belligérants participent eux-mêmes à la confrontation. Pour Rabat, toutefois, la menace pesant sur les lieux saints suffit à donner à l’escalade une dimension dépassant la relation entre Riyad et les Houthis.
Une solidarité qui devient stratégique
Le Maroc et l’Arabie saoudite entretiennent de longue date des relations politiques, économiques et religieuses étroites. Mais la formulation employée par Mohammed VI franchit un degré supplémentaire en établissant explicitement un lien entre la sécurité des deux royaumes.
Elle intervient surtout dans un environnement régional profondément instable, où le conflit yéménite se combine désormais aux tensions autour de la mer Rouge et à la sécurisation des grandes routes commerciales.
En affirmant que la sécurité de Riyad fait partie de celle de Rabat, Mohammed VI ne se contente donc plus d’exprimer une solidarité entre deux monarchies alliées. Le Maroc inscrit désormais publiquement sa propre sécurité dans un espace stratégique qui s’étend jusqu’à la péninsule Arabique et au Golfe.
La Rédaction

