Treize ans après l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal, la justice n’a toujours pas établi l’ensemble des responsabilités pénales. Leur mort, à l’origine d’une journée internationale consacrée à la lutte contre l’impunité, demeure le symbole d’un combat inachevé. Au Mali, d’autres journalistes disparus ou assassinés attendent également que toute la lumière soit faite sur leur sort.
Le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux envoyés spéciaux de Radio France Internationale (RFI), étaient enlevés puis assassinés à Kidal, dans le nord du Mali. La journaliste et le technicien de reportage venaient de réaliser une interview lorsque leurs ravisseurs les ont emmenés hors de la ville. Leur mort allait conduire les Nations unies à faire du 2 novembre la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes.
Treize ans plus tard, cette commémoration conserve une résonance particulière au Mali. L’enquête judiciaire française se poursuit, sans qu’un procès ait encore permis d’établir l’ensemble des responsabilités. En avril 2026, la Commission française du secret de la défense nationale a rendu un avis favorable à la déclassification partielle d’une note du ministère des Armées, à la demande d’un magistrat instructeur du pôle antiterroriste de Paris.
Cette nouvelle démarche illustre la persistance des investigations, mais aussi la difficulté à reconstituer les circonstances exactes d’un crime survenu dans un environnement marqué par les violences armées et les enjeux sécuritaires.
De Kidal à Ansongo, d’autres affaires non élucidées
L’assassinat des deux professionnels de RFI n’est pas un cas isolé. Au centre du Mali, Hamadoun Nialibouly, journaliste de Radio Dandé Douentza, a été enlevé en septembre 2020. Quelques mois plus tard, en avril 2021, Moussa M’Bana Dicko, de Radio Dandé Haïré, disparaissait à son tour.
Le 7 novembre 2023, une attaque contre des journalistes sur l’axe Gao-Ansongo coûtait la vie à Abdoul Aziz Djibrilla, de Radio Naata. Deux de ses confrères, Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné, étaient enlevés. Leur sort demeure inconnu, selon les dernières informations publiques de Reporters sans frontières (RSF).
À Bamako, la disparition de Birama Touré, ancien collaborateur de l’hebdomadaire Le Sphinx, en janvier 2016, soulève d’autres interrogations. RSF affirme avoir recueilli des témoignages faisant état de sa détention par les services de renseignement maliens et de sa mort probable en captivité. L’affaire n’a toutefois pas connu de dénouement judiciaire définitif.
Une impunité qui progresse à l’échelle mondiale
Ces situations s’inscrivent dans un constat préoccupant dressé par l’UNESCO le 2 novembre 2026. Selon son dernier rapport, 189 journalistes ont été tués dans le monde en 2024 et 2025, soit une augmentation de 20 % par rapport aux deux années précédentes. Parmi eux, 127 ont perdu la vie dans des zones de conflit et 50 ont été tués par des drones dans six zones de guerre.
Plus inquiétant encore, le taux mondial d’impunité des assassinats de journalistes suivis par l’organisation atteint 86 %, contre 85 % auparavant. Il s’agit de la première hausse enregistrée depuis le début de cette mesure, en 2012.
Au Mali comme ailleurs, les conséquences dépassent les victimes et leurs familles. Lorsqu’un assassinat ou un enlèvement demeure sans réponse judiciaire, c’est aussi la possibilité d’informer librement sur les conflits, les abus et les responsabilités publiques qui se trouve fragilisée.
Treize ans après Kidal, la journée internationale née de ce double assassinat rappelle ainsi une exigence toujours insatisfaite : protéger les journalistes ne peut se limiter à prévenir les violences. Cela suppose également d’identifier leurs auteurs, de les poursuivre et de rendre justice aux victimes.
La Rédaction

