Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent un nouvel épisode de crispation. En cause : des déclarations publiques du président algérien Abdelmadjid Tebboune, perçues à Bamako comme une remise en question de la relation bilatérale et de la souveraineté politique malienne. Dans un contexte déjà fragilisé par des différends sécuritaires, juridiques et diplomatiques accumulés depuis plus d’un an, ces propos ravivent une tension latente entre deux voisins historiquement liés mais désormais en désaccord profond.
Des propos jugés condescendants à Bamako
S’exprimant devant les deux chambres du Parlement algérien, Abdelmadjid Tebboune a évoqué la formation en Algérie de deux figures centrales du pouvoir de transition malien : le Premier ministre Abdoulaye Maïga et le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, tous deux diplômés de l’École nationale d’administration d’Alger. Le chef de l’État algérien a présenté cette référence comme une preuve de la « bienveillance » d’Alger à l’égard de Bamako, estimant que cette attitude n’avait pas été réciproquée dans la conduite actuelle des relations bilatérales.
À Bamako, cette sortie est interprétée comme une tentative de rappel symbolique d’influence, voire comme une forme de mise sous tutelle morale, dans un contexte où les autorités maliennes revendiquent une redéfinition complète de leurs partenariats régionaux.
La rupture autour de l’accord de paix de 2015
La dégradation des relations entre les deux pays remonte officiellement à janvier 2024. À cette date, les autorités de transition maliennes annoncent la dénonciation de l’accord de paix signé en 2015 avec les groupes armés du nord du Mali, un texte négocié et parrainé par l’Algérie. Cette décision marque une rupture politique majeure avec Alger, qui considérait cet accord comme un pilier de la stabilité régionale et de son rôle diplomatique au Sahel.
Pour Bamako, cet accord était devenu incompatible avec la nouvelle doctrine sécuritaire du pays, centrée sur la souveraineté totale de l’État et la fin des médiations jugées inefficaces.
L’incident du drone, point de bascule sécuritaire
Les tensions ont franchi un seuil supplémentaire dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. L’Algérie annonce alors avoir abattu un drone militaire malien ayant pénétré son espace aérien. Le Mali confirme la perte de l’appareil mais conteste fermement la version algérienne, niant toute violation intentionnelle de l’espace aérien voisin.
Cet épisode a profondément entamé la confiance entre les deux capitales, transformant un différend diplomatique en crise sécuritaire ouverte.
Un bras de fer juridique avorté
Dans la foulée, Bamako saisit la Cour internationale de Justice, invoquant une atteinte à sa souveraineté. La requête est enregistrée en septembre 2025. Toutefois, la procédure s’enlise rapidement : la juridiction internationale indique ne pas pouvoir examiner le fond du dossier en l’absence de reconnaissance formelle de sa compétence par l’Algérie. Cette situation conduit à l’abandon de la procédure, sans règlement du différend.
Pour le Mali, cet épisode renforce le sentiment d’un dialogue bloqué et d’un déséquilibre dans la gestion des différends bilatéraux.
Accusations de duplicité et désaccord stratégique
Depuis 2024, les autorités maliennes multiplient les prises de position accusant l’Algérie d’ambiguïté dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Bamako reproche à Alger des choix diplomatiques et sécuritaires jugés incompatibles avec la ligne dure adoptée par le Mali dans sa reconquête territoriale et son repositionnement géopolitique.
Ces accusations s’inscrivent dans une recomposition plus large des alliances régionales, où le Mali affirme sa volonté de rompre avec les cadres traditionnels de coopération.
Le cas Mahmoud Dicko, facteur politique sensible
Les relations bilatérales sont également affectées par la situation de l’imam Mahmoud Dicko. Installé en Algérie depuis décembre 2023, cette figure religieuse et politique malienne a annoncé, début décembre 2025, la création de la Coalition des forces pour la République, un mouvement d’opposition aux autorités de transition. Sa présence en Algérie est perçue à Bamako comme un élément supplémentaire de discorde politique.
Une relation durablement fragilisée
À ce stade, aucune initiative officielle de rapprochement n’a été annoncée. Les différends diplomatiques, sécuritaires et politiques restent entiers, et les déclarations récentes du président algérien semblent éloigner davantage la perspective d’une normalisation. Entre Bamako et Alger, la relation apparaît désormais marquée par une défiance structurelle, reflet des bouleversements géopolitiques en cours au Sahel.
La Rédaction

