À Madagascar, la désinformation en ligne connaît une explosion inquiétante. Selon un rapport de l’ONG Communication Idea Development (CID), les fausses nouvelles et les discours de haine pullulent sur les réseaux sociaux, alimentant méfiance, violence et dérives.
Dans une salle de surveillance numérique à Antananarivo, les analystes de l’ONG CID scrutent, jour et nuit, les publications qui inondent les groupes Facebook malgaches. Leurs écrans révèlent une réalité troublante : la multiplication des informations mensongères, souvent dirigées contre les institutions publiques, et l’essor vertigineux de la haine en ligne.
Un triplement des cas de désinformation en quelques mois
D’après le dernier rapport trimestriel de CID, publié dans le cadre du projet européen Manehoa, le nombre de cas de désinformation a bondi de 205 % en un an. Et près de 90 % de ces contenus concernent des sujets liés à la gouvernance, nourris par des allégations sans preuves et des rumeurs virales.
« La désinformation se définit comme une information fausse ou trompeuse diffusée intentionnellement pour nuire », rappelle Rado Ravalison, chef de l’équipe de veille médiatique. Le cas le plus discuté ces derniers jours ? Une prétendue acquisition par le président Andry Rajoelina d’une maison à Paris d’une valeur de 47 millions d’euros. Aucune preuve, mais un succès viral fulgurant.
L’indignation comme moteur de manipulation
Le rapport souligne que les contenus les plus partagés sont souvent ceux qui suscitent l’émotion : indignation, peur ou colère. « Plus un sujet est opaque, plus il est sujet à manipulation », commente l’équipe de CID. Des thématiques sensibles sont ainsi détournées, amplifiées ou instrumentalisées dans un climat où la transparence des autorités fait défaut.
Une explosion de la haine en ligne
Plus préoccupant encore, la désinformation va de pair avec une montée spectaculaire des discours haineux. Selon Fanny Rakotomamonjy, directrice exécutive adjointe de CID, ces propos violents ont été multipliés par quatre en trois mois, avec une augmentation de près de 300 % des appels à la violence par rapport au précédent trimestre.
Des affaires de meurtre ou de viol deviennent des catalyseurs de vengeance virtuelle. « Cela traduit une crise de confiance envers la justice et une banalisation des propos haineux, notamment sexistes », déplore Rakotomamonjy.
Transparence, la meilleure arme
Face à cette dérive numérique, CID appelle à une réponse responsable. Les autorités, les personnalités publiques et les médias sont invités à faire preuve de transparence et de rigueur dans la communication des informations. Car, prévient l’ONG, un État qui laisse proliférer les rumeurs ouvre la voie à un durcissement sécuritaire qui pourrait restreindre encore davantage la liberté d’expression.
Dans un pays où l’espace numérique est devenu un champ de bataille idéologique, l’éducation aux médias et la vigilance citoyenne apparaissent plus que jamais comme des priorités démocratiques.
La Rédaction

