À Madagascar, la pauvreté impose parfois aux familles un arbitrage qui ne devrait pas exister : préserver le repas quotidien ou préserver la scolarité des enfants. À l’approche de la rentrée, certaines réduisent les portions de nourriture, d’autres s’endettent, épargnent collectivement ou vendent des objets domestiques pour réunir l’argent nécessaire.
Derrière les cartables et les fournitures se révèle ainsi une réalité beaucoup plus profonde. Pour une partie des ménages, maintenir un enfant à l’école ne constitue plus simplement une dépense supplémentaire : cela oblige à déplacer la pauvreté d’un besoin essentiel vers un autre.
L’école gratuite qui coûte aux familles
Sur le papier, l’inscription et la réinscription dans les établissements scolaires publics malgaches sont gratuites, dans la limite des capacités d’accueil. Mais cette gratuité administrative ne fait pas disparaître les dépenses périphériques : fournitures, vêtements, déplacements et diverses charges liées à la scolarisation.
L’UNICEF estime d’ailleurs que les familles supportent environ 40 % des coûts récurrents du système éducatif malgache. À Antananarivo, cette pression pousse certains parents vers l’endettement. Des familles expliquent devoir emprunter plusieurs centaines de milliers d’ariary pour couvrir les dépenses de rentrée de leurs enfants.
Pour les ménages disposant de marges encore plus faibles, les solutions sont différentes : diminuer la quantité de riz préparée, vendre vêtements, meubles ou ustensiles, ou recourir à l’« akandray », une forme d’épargne collective dans laquelle plusieurs foyers cotisent avant de recevoir successivement la somme constituée.
Ce système informel raconte à lui seul l’économie de la rentrée : lorsqu’un ménage ne peut pas mettre suffisamment d’argent de côté, la solidarité communautaire finit par tenir lieu de crédit.
Quand la pauvreté déplace le problème vers l’enfant
Réduire le budget alimentaire pour financer l’école crée pourtant un paradoxe particulièrement préoccupant. Madagascar doit simultanément lutter contre deux vulnérabilités qui se renforcent mutuellement : la fragilité des parcours scolaires et la malnutrition.
Selon les données publiées par l’UNICEF en 2026, environ 83 % des enfants vivent dans la pauvreté monétaire et la malnutrition chronique touche près d’un enfant sur deux avant cinq ans.
Prendre sur l’alimentation pour préserver l’éducation ne revient donc pas simplement à supprimer une dépense de confort. Pour les foyers les plus vulnérables, cela signifie parfois rogner sur un besoin déjà insuffisamment couvert. Et lorsque les ressources finissent par manquer totalement, c’est l’école elle-même qui disparaît de l’équation.
Le décrochage, point final de l’arbitrage
Les résultats de l’enquête MICS 2025 donnent la mesure de cette fragilité : le taux net ajusté de fréquentation du primaire atteint 75 %, mais seulement 47 % des enfants achèvent le cycle primaire.
Le décrochage scolaire ne peut évidemment pas être attribué aux seules dépenses de rentrée. Travail des enfants, pauvreté, éloignement des établissements, catastrophes naturelles et difficultés structurelles du système éducatif interviennent également. Mais le poids financier supporté par les ménages contribue à fragiliser des parcours déjà précaires.
C’est ce qui transforme la rentrée malgache en véritable indicateur social. Derrière une famille qui vend une marmite, réduit une ration de riz ou emprunte pour acheter des fournitures se trouve une même volonté : empêcher que le manque d’argent décide quel enfant continuera d’apprendre.
À Madagascar, le véritable coût de la rentrée ne se mesure donc pas seulement en ariary. Il se mesure aussi à ce que les familles doivent abandonner pour que leurs enfants puissent rester à l’école.
La Rédaction
Sources : UNICEF Madagascar, résultats MICS 2025 et données sur l’éducation et la pauvreté des enfants ; ministère malgache de l’Éducation nationale ; presse malgache, août 2026.

